Sharron Kraus

Fox's wedding

( Durtro ) - 2008

» Chronique

le 11.02.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Sharron Kraus a déjà publié une demi-douzaine de disques et participé à différents projets, dont un album enregistré en trio avec Meg Baird et Helena Espvall (par ailleurs violoncelliste de Espers) : Leaves from off the tree.

Avec Fox's wedding, la discographie de Sharron Kraus gravit un bon paquet d'échelons d'un coup : l'album atteint un équilibre quasi miraculeux entre nursery rhymes, atemporalité digne de Vashti Bunyan, romantisme noir, minimalisme folk, dissonances cruelles. Ce genre d'équilibre auquel on doit, avec des références différentes, le Run to ruin de Nina Nastasia. Le violon mauvais de Would I éveille d'ailleurs irrésistiblement le souvenir de l'Américaine. Les chansons empruntent quelquefois à un folklore anglais d'inspiration quasi Renaissance, écouté après le Pierrot lunaire de Schönberg (pour le chant déchiré sur Thrice toss these oaken ashes), et travaillé avec économie, creusé, tout en nerf et en os, sous une forme qui l'arrache à toute espèce d'ancrage temporel. Folklore de ruine, chanté par une voix forte et spectrale soutenue de flûte, de viole de gambe, ou s'accompagnant au banjo. Les arrangements désaxés, ou les drones d'accordéon, implosent cette assise classique. Pas de pureté ou de complaisance gnian-gnian au demeurant pour un disque placé sous les auspices de la devise : « ballades meurtrières et incestes d'insectes ». Une blessure à ciel ouvert, transformée en chant de grâce. Une voix de banshee lorsque, comme sur Brigid, Sharron Kraus se lance dans des youyous saturniens. Un reste de sauvagerie primitive, même civilisée par des flûtes sages. Et sagesse vite rattrapée par un sérieux grain, avec le banjo désaccordé de July skies ou Would I, qui racle à la façon de l'orgue de barbarie d'un charlatan à la foire. Si l'on ferme les yeux, on verra passer un chat noir, un pendu. Le timbre haut perché évoque les demoiselles institutrices de la vieille Angleterre, tendance Le tour d'écrou d'Henry James, et l'on reste ainsi dans les fantômes et les apparitions. Ou première communiante d'un culte sataniste.

On pourrait aussi parler de petite soeur squelettique de Joanna Newsom, débarrassée des afféteries baroques : rendue aussi nette, aussi tranchante et glaçante qu'un coup de rasoir dans l'échoppe d'un barbier fou. Probable que les âmes sensibles partent à la course, mais comme le dit le charlatan à la foire, la main sur le rideau de sa petite boutique des horreurs : « Would I deprive a newborn babe of his father? - Yes, yes, yes, three times over ». Ça vaut le coup de tenter le diable.

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Pochette Disque Fox's wedding

» Tracklisting

  1. Brigid
  2. Green man
  3. In the middle of summer
  4. July skies
  5. Harvest moon
  6. Would I
  7. The prophet
  8. Thrice toss these oaken ashes
  9. Robin is dead
  10. Ruthless and alone
  11. Made my home
  12. Maggie child

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