Earth

Hibernaculum

( Southern Lord ) - 2007

» Chronique

le 01.02.2008 à 06:00 · par Benjamin A.

Earth n'a jamais été aussi actif que depuis ces trois dernières années. Le groupe a même sorti, entre 2005 et 2008, autant de disques que pendant ses quatorze premières années d'existence. Dylan Carlson est resté le personnage central du groupe, épaulé successivement par divers musiciens, dont Slim Moon (de Kill Rock Stars) ou Tobi Vail (Bikini Kill), le temps pour le guitariste de troquer sa chemise à carreaux pour un costume et gilet d'homme de Sherif, et de devenir l'idole des jeunes. Les enfants de Earth les plus avoués sont certainement Stephen O'Malley (qui réalise désormais toutes les pochettes du groupe) et Greg Anderson (Sunn o)))). On a même eu la surprise d'apercevoir Anderson, dissimulé sous sa tunique de feutre, accompagner Earth au trombone, sur la dernière tournée européenne du groupe.

En 2004, Southern Lord est devenu le ranch officiel de Earth pour la sortie immédiate d'un chef-d'oeuvre, Hex : Or Printing In the Infernal Method.

"Je réalise désormais que la musique, et seule la musique, contient le drone - La Note - et la musique qui provoque une réaction spirituelle est un continuum ; c'est une musique qui a perduré à travers les temps et qui s'est manifestée en différents genres et styles. J'ai commencé à entrevoir ma musique comme une partie et un résultat de ce continuum. Je me suis aussi rendu compte que ce continuum s'exprimait fortement dans les formes historiques américaines. Et plus spécifiquement dans des "genres" comme la country ou le blues." Dylan Carlson.

Aborder Hibernaculum, c'est se relever d'un coup d'une insolation, là où le mirage de la méthode infernale nous avait laissé à terre. Si Earth avait pendant longtemps cette image du groupe aux accords lourds d'Olympia, il est devenu depuis un groupe hanté par l'histoire d'une Amérique aux espaces vertigineux, possédés par une beauté ensorcelée qui frappe à l'âme et qu'on appellerait blues.

Replonger dans l'univers de Earth n'est pas difficile, si l'on accepte la lourde lenteur qui vous happe littéralement vers un faux sommeil. La batterie prend insidieusement possession de votre corps, et lui imprime un mouvement mécanique et incantatoire. S'élancent alors autour les arpèges métal sans fin de Dylan Carlson, joués avec une lenteur excessive et cafardeuse. Quatre titres se succèdent sur ce nouvel opus, quatre titres qui sont en fait des reprises des albums des débuts du groupe, Extra-Capsular Extraction (1991) et Pentastar: In the Style of Demons. On retrouve dès l'ouverture avec Ouroboros is Broken le jeu angoissant de Dylan Carlson, ses arpèges obsessifs, les accords décomposés et les nappes de synthétiseurs et d'effets analogiques qui ont jalonné les compositions du groupe depuis leurs débuts. Mis à part peut-être le moins intense Morning Coming Down, le reste du disque est à l'image de son chef, grave et sans la moindre expression de légèreté.

Earth ne surprend pas avec Hibernaculum, il confirme simplement que le soi-disant virage d'Hex : Or Printing In the Infernal Method n'était en fait qu'un coup de génie sur une carrière générale irréprochable. Il faut laisser à un disque de Earth le temps de pénétrer l'âme. Espérons que Dylan Carlson tienne la barre aussi fermement qu'il le fait depuis presque vingt ans, sans se laisser griser dans une course à la production de disques ou de rééditions dont il n'a pas besoin pour asseoir son charisme. Car si le groupe impressionne, c'est aussi par son intransigeance et son refus.

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Pochette Disque Hibernaculum

» Tracklisting

  1. Ouroboros Is Broken
  2. Coda Maestoso in F (Flat) Minor
  3. Miami Morning Coming Down
  4. A Plague of Angels

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