MØN

s / t

( Autoproduit ) - 2008

» Chronique

le 11.01.2008 à 06:00 · par Marteen B.

La Völuspá est datée des environs de l'an mille. Une voyante déploie dans les 66 strophes de ce poème épique un trésor de prophéties inouïes et sauvages sur fond de cataclysme : la Consommation du destin des puissances. Fenrir, le loup géant, se tord de rage devant Odin qu'il va bouloter, Thor ne sait pas encore qu'il ne survivra pas à son combat avec le serpent Jörmungand, un aigle miaule et déchire les cadavres.

Le décor est ainsi planté pour ce trois titres aux ambiances spectaculaires et contrastées. Lukrym s'ouvre sur un geyser de saturation et retombe en pluie de basse, violon et violoncelle. Bientôt, les guitares piaffent fièrement, caracolent et ruent. Le morceau est écrit en girouette, brusquement emballé par une bourrasque, tombant dans une presque immobilité, roulant doucement sur lui-même au rythme d'une ligne de violon, puis retourné sauvagement dès que l'horizon se couvre de larsens ou que déferlent les lourdes salves de batterie. Le loup géant a planté ses crocs dans la gorge, il secoue sa proie en tout sens sans la lâcher. Les boucliers sont fendus. Avant que le monde s'écroule, personne n'épargnera personne. La musique grogne dans les entrailles.

Daak Tyle Rhak poursuit les hostilités sur un riff de batterie qui fonctionne aussi redoutablement que son grand-frère du single Atlas des Battles. Mais, là où Battles corsète sa formule dans un confortable format pop-song, MØN élargit démesurément l'horizon avec une forme de grandiloquence sereine et racée. Musique savamment agencée et tellurique, virant de bord avec l'aisance d'un drakkar à la manoeuvre, où les cordes participent de l'écriture des morceaux et pas seulement des arrangements. Des morceaux écrits facette après facette, où chacun vient se porter tour à tour au premier plan : feu, fer, glace, ors et fourrures. Ce qui conserve à cette musique très écrite la pleine dimension d'un groupe en action. MØN plie et replie ses ambiances, ces lieux, mariant des dégringolades de cordes au boutoir âpre du rock. La bannière « rock orchestra », fièrement arborée, dit simplement les choses, et ne risque pas d'être contestée.

Finne explore le champ de bataille ravagé. Une guitare scintille. Les voix s'élèvent. Une valkyrie tire sur un violoncelle tendu comme un arc. Léger suspens. Effet de souffle. Pointillés de cordes heurtées. Polyphonie nordique et contrepoint. Résurrection.

La Völuspá conclut ses tueries par l'image d'une demeure plantée dans le ciel, toute couverte d'or et plus brillante que le soleil, où, pour l'éternité, les guerriers fidèles demeureront dans la joie. Car la Völuspá ne prétend pas tout chambouler pour le simple plaisir du chaos, la voyante y prophétise un monde nouveau, réinventé, réenchanté, tout comme MØN s'est réinventé une langue pour chanter, un mythe à occuper, et une déclinaison graphique, soit la fondation d'un univers. Après le post-rock : Ragnarök.

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» Tracklisting

  1. Lukrym
  2. Daak Tyle Rhak
  3. Finne

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