Wildbirds & Peacedrums

Heartcore

( Factory ) - 2007

» Chronique

le 07.01.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Pour le pire souvent, et pour de bonnes choses quelquefois, le jazz redevient une source d'inspiration et de travail pour des musiciens de pop et de rock. Cette tendance est particulièrement franche dans les pays scandinaves et, autour de Bugge Wesseltoft, a donné lieu à quelques tentatives au moins partiellement réussies, le premier album de Beady Belle par exemple.

Wildbirds & Peacedrums, duo suédois, se lance dans le même genre d'aventure et aborde la question avec de sacrées bonnes cartes en main. Le territoire du jazz est largement étendu au blues ou à la work song. Le chapiteau pop étendu sur le tout claque fièrement au vent. Fanfare de poche.

Tous les morceaux de Heartcore vont peu ou prou s'inscrire dans une même économie : une rythmique percussive aux sonorités décalées et une voix féminine puissante et impressive.

Pour le percussif, un large prisme est couvert. Tintinnabules de cordes sur Pony. Percussions ethniques, roulements en abstraction pure sur Bird. Frappe asthénique aux balais soutenue de voilages lumineux sur I can't tell in his eyes. Fracas de cymbales sur Doubt/Hope. Aussitôt suivi du glockenspiel fantôme de A story from a chair. Mention spéciale à Andreas Werliin pour Lost love qui, sauf erreur, est entièrement construit sur une boîte à musique démantibulée, jouée à deux à l'heure par à-coups.

Les deux oiseaux se partagent parfois la frappe sauvage dans des morceaux aussi jouissifs que bruts : The ones that should save me gets me down. A voir en vidéo sur Youtube, ça dépote.

Pour la voix, Mariam Wallentin joue sur une tout aussi large palette. D'un timbre singulier et facile à reconnaître, mais très polymorphe par ses capacités d'interprétation. Voix grasse interpellant sur Bird ou The ones that should save me gets me down (on est là au plus près des racines jazz). Minimaliste et déchirante sur A story from a chair, chantée un archet dans la gorge. Humant. Babillant. Modulant des mélopées sans parole. De velours enveloppant sur Nakina. Et tout aussi capable d'empoigner un bon rock sur The Window (PJ Harvey aimerait bien pouvoir en chanter encore des comme ça...). Très power-jazz sur Doubt/Hope, avec ses trilles vivaces et étagées, soulignées de clappements de paumes. Ou audacieusement doublée de voix masculine nasillarde sur The battle in water, à la séduction trouble des duos gainsbouriens.

L'ensemble compose un album serré, intime, très naturel, et même souvent nature, avec toutes les qualités d'un enregistrement maison, soit l'inventivité, le bricolage, le parti tiré de tout ce qui traîne, alliées toutefois à une très grande clarté de l'enregistrement et une prise de son d'une précision remarquable, encore accentuées par la sobriété du dispositif : deux musiciens, éventuellement se dédoublant. Les chansons sont remuantes, dévergondées et décomplexées. Mais tout autant tirées au cordeau, émouvantes, étranges et subtilement dégondées par de petits écarts d'instrumentation.

Le grand péril qui guette dans les rapprochements rock et jazz, celui de la surenchère ou de la virtuosité gratuite, est bien loin. Ici les qualités manifestes des musiciens se présentent humblement et avec une sûreté de goût très attachante.

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Pochette Disque Heartcore

» Tracklisting

  1. Pony
  2. The way things go
  3. Bird
  4. I can’t tell in his eyes
  5. Doubt/hope
  6. A story from a chair
  7. The battle in water
  8. The ones that should save me gets me down
  9. Lost love
  10. The window
  11. Nakina
  12. We hold each other song

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