Phosphorescent

Pride

( Dead Oceans ) - 2007

» Chronique

le 05.12.2007 à 06:00 · par Marteen B.

Au premier coup d'oeil, Matthew Houck accuse un faux air de Poséidon en chambre : du poil, de la barbe, un rien de bedaine, l'oeil charbonneux. Le dieu des tempêtes et du goémon a traditionnellement mauvaise réputation : fort en gueule, la haine durable, un pote Kraken. Sans compter une descente redoutable, avalant la piquette avec les tonneaux.

Posé sur la platine, c'est bien en direction de l'Olympe que les oreilles se dressent, mais nullement du côté des bourrasques annoncées. Phosphorescent applique au folk sur une bonne moitié des titres le même traitement que Low appliqua au rock : abaissement du rythme cardiaque, pulsation cotonneuse, voix dédoublée. Une pratique de stupéfaction.

La voix est une bonne entrée en matière. Une de ces bonnes vieilles voix antédiluviennes. Revenue des tempêtes moches, qu'il s'agisse de vagues de trente mètres ou des gouffres de cocaïne. Une voix qui flotte, esquintée, une voix naufragée, mais une voix sauvée. Ou Ulysse converti par les sirènes. Jamais vraiment revenu. Le coeur passé à la baille.

Accosté au rivage folk, Matthew Houck a ramassé ce qu'il a trouvé : tambourin, guitare, orgue vintage, vieux magnéto à bande. Et puis il a filé vers la première taverne, car c'est là que les naufragés entonnent leurs cantiques. Il y a trouvé de la compagnie. Des anges dégringolés dans la vinasse, les pieds nus dans la sciure. Des beugleurs touchés par la grâce. Du genre à fabriquer des percussions avec une fourchette et un coin d'assiette fêlée. Il n'y a qu'au moment de chanter que ce petit monde se souvient de sa lointaine élection. Sur des accords de guitare déglinguée, sur un accordéon de bastringue, avec une chambre d'écho qui fait office de tempête divine et une ferveur qui fait baisser le chapeau. Gospels d'ivrognes, d'andouilles sacrés, de trognes maudites et de voix d'anges. Même si en contrepoint on entendra distinctement quelques hurlements de damnés, la porte des enfers ne fermant pas bien. Pas un gramme de pathos dans ces aigus. Juste une maladresse sans afféterie, une maladresse simple et profonde, sans chiqué.

Souvent la musique enfle en bouquet, avec relais de voix féminine et guirlande de guitare solo. Gonfle pour remplir la taverne, comme sur At Death, A Proclamation, commencé sur un duo roulement de batterie / percussions et poursuivi dans une bourrasque vocale qui emporte tout. Des déferlements bientôt rattrapés par les choeurs de sirènes, venues en copines, avec un harmonica poissard et pas rancunier : My Dove, My Lamb. La musique est une grotte cristalline, un Noël chez les pêcheurs et les forbans de la côte. Tout le monde assis par terre, oublieux de la bise, de la misère, les yeux clos trente minutes. Les musiciens d'ailleurs oublient tout autant l'auditoire, chantonnant cinq bonnes minutes de hoquets en guise de finale pour Pride. Et même pas un coup de couteau avant la fin du disque.

C'est dire si Phosphorescent en impose.

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Pochette Disque Pride

» Tracklisting

  1. A picture of our torn up praise
  2. Be dark night
  3. Wolves
  4. At death, a proclamation
  5. The waves at night
  6. My dove, my lamb
  7. Cocaine lights
  8. Pride

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