Japancakes

Loveless

( Darla ) - 2007

» Chronique

le 28.11.2007 à 06:00 · par Marteen B.

Une reprise, et plus encore un album de reprises, est en général l'occasion pour un groupe de faire le malin. Déployer des talents qui iront du franc contre-pied au décalage subtil. Isoler tel ou tel élément d'un morceau pour le mettre en valeur. Exhumer un titre rare et inattendu. Faire le malin. C'est un genre qui compte d'ailleurs des réussites.

Japancakes choisit de son côté l'option de la plus grande modestie, option prudente au demeurant quand il s'agit de s'attaquer aux désormais sacralisés My Bloody Valentine. Plutôt que de reprises, il conviendrait d'ailleurs de parler d'une interprétation du dernier album du quatuor.

Tout comme on joue et on enregistre quotidiennement La chevauchée des Walkyries, Japancakes choisit d'interpréter Loveless. La notion d'interprétation pose d'emblée un problème qui est celui de la transcription. On ne joue pas en effet La chevauchée des Walkyries de la même façon selon que l'on est un orchestre symphonique ou un quatuor de guitares flamenco. La même partition va demander dans le second cas un petit travail d'adaptation. Japancakes se trouve face à Loveless devant la même nécessité. Il faudra par exemple jouer sans les voix de Bilinda Butcher et Kevin Shields. Choix est fait de transcrire les parties vocales pour un autre instrument, en l'occurrence, une pedal steel.

Si l'on reprend le projet dans son ensemble, il s'agit en définitive pour Japancakes de jouer l'intégralité de Loveless, dans l'ordre, en mode instrumental, c'est-à-dire sans les voix, mais sans non plus les guitares abrasives originelles, sans électronique ni sample, en transposant. Et ne pas être ridicule.

Le travail de transcription est passionnant quand il est bien mené, car il révèle précisément les morceaux travaillés. Il révèle en quelque sorte l'efficacité de ces morceaux. Leur structure. Les strates sonores.

De ce point de vue, le Loveless de Japancakes offre un rafraîchissement particulièrement intéressant de notre mémoire sonore. Japancakes vient en effet prendre des appuis beaucoup plus marqués sur l'écriture des morceaux et, là où My Bloody Valentine prend un malin plaisir à noyer et brouiller sa matière sonore, multipliant les décrochements et lignes cotonneuses embouties par des déflagrations brutes, Japancakes va tout au contraire dégager l'écriture, avec un jeu presque acoustique et extrêmement précis, qui outre la fameuse pedal steel convoque beaucoup de violon, pas mal de piano, une batterie beaucoup plus aérienne que celle de Colm O'Ciosoig. Dévoilant les nuances, soulignant l'architecture des contrastes, Japancakes confirme ainsi que la force des chansons ne tient pas seulement au travail sur le son, mais à l'articulation des différentes strates, à leur écriture. Décharnée, l'ossature est nettement perceptible. L'abrasif initial cède la place à une confondante clarté. Et révèle ses classiques.

Au-delà de cette question passionnante, reste un album de musique, très agréable à écouter, souvent remarquable d'élégance, même si la formule pedal steel marque ses limites sur la durée. L'album se conclut heureusement sur un Soon dynamique et tendu, renouvelé par une instrumentation serrée et très sèche.

Soit, au final, un album au concept épatant sur le papier, très réussi dans son exécution, et qui fournit matière à des écoutes plaisantes.

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Pochette Disque Loveless

» Tracklisting

  1. only shallow
  2. loomer
  3. touched
  4. to here knows when
  5. when you sleep
  6. i only said
  7. come in alone
  8. sometimes
  9. blown a wish
  10. what you want
  11. soon

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