Neil Young

Chrome Dreams II

( Reprise ) - 2007

» Chronique

le 07.11.2007 à 06:00 · par Eric F.

Si Prairie Wind aura conclu une trilogie commencée par Harvest et Harvest Moon, Neil Young n'en a pas encore fini de regarder vers le passé. Pour preuve, ce Chrome Dreams II qui se veut une suite "logique" à Chrome Dreams, LE grand album du Canadien à ne pas avoir été publié, que ses proches l'avaient dissuadé de sortir, arguant qu'il s'agissait plus d'une collection de nouvelles chansons que d'un album à part entière. Peut-être est-ce parce que ce disque mélangeait morceaux acoustiques (Pocahontas, Helpless) et saillies électriques du Crazy Horse (l'inaltérable Like A Hurricane, mais surtout l'impressionnant Sedan Delivery) qu'il aura si peu convaincu (Neil Young a rarement sorti de tels albums). Mais à considérer la sortie quelques années plus tard de l'éclectique Rust Never Sleeps, on sut que Neil Young avait encore une fois de plus réussi à désavouer les critiques.

Mais faisons fi de ces considérations historiques pour se concentrer sur ce disque. Celui-ci fera justement beaucoup penser à Rust Never Sleeps. Certes, Beautiful Bluebird, le morceau d'ouverture, avec guitare acoustique et harmonica en terrain archi-connu-mais-jamais-déplaisant (ce titre est accessoirement un des plus réussis du lot) fera plus que penser à Out On The Weekend... d'Harvest. Mais la suite alternera bel et bien entre guitares acoustiques et électriques, non sans quelque friture.

L'enchaînement avec Box Car est pourtant réussi, le banjo dominateur faisant penser au tubesque Bad Luck de Royal City, l'option choeurs virils en plus. C'est alors qu'on se dit que les chansons sont au rendez-vous et que c'est album pourrait tout avoir d'un (très) grand.

Ordinary People (qui date de la fin des années 80 et n'a pas été joué une dizaine de fois sur scène) a été annoncé par Neil Young lui-même comme la pièce centrale du disque, au point même que celui-ci craignait que le reste ne puisse rivaliser. Avec des paroles sous forme de bottin des situations de vie imaginables aux Etats-Unis (on avait rarement vu une telle densité depuis le Crime In The City de Freedom), une bonne partie du travail était déjà faite. L'intro pliée en trois accords avec ce son caractéristique confirmait la donne. Et ça ne seront finalement même pas les cuivres qui foutront tout en l'air, mais ce son de clavier tout bonnement lamentable (encore heureux qu'il ne soit pas trop en avant). On aurait presque pu dire qu'Ordinary People avait tout du statut de classique en puissance, ses dix-huit minutes ne lassant même pas.

Avec Shining Light, Neil Young continue de nous envoyer des bonnes ondes... mais sans les frissons, comme si le terrain était tellement banalisé qu'il ne vaudrait plus la peine d'être foulé. Avec son orientation presque soul (on se comprend), on était encore une fois en droit d'attendre plus, même si le Canadien rend ici une copie beaucoup plus satisfaisante que sur le raté Are You Passionate ?.

Passé un The Believer totalement insignifiant, Young tente de reprendre les choses en main avec un Spirit Road rageur. L'effet n'est pas foudroyant mais se révélera salutaire à l'écoute d'un Dirty Old Man, complètement saccagé par son refrain balourd, alors que sa ressemblance avec Piece Of Crap nous avait fait tendre l'oreille.

C'est bizarrement Ever After qui soulèvera le moins de contestations auprès du service après-vente (car oui, on achète encore les disques de Neil Young les yeux fermés), seul titre ici présent à ne pas sembler vouloir choisir un camp (l'électrique du papy en sourdine, une belle pedal steel, un rythme lent...).

No Hidden Path et ses quatorze minutes pas-si-longues-que-ça-mais-pas-forcément-justifiées-non-plus confirmera encore plus cette drôle impression d'album pas-loupé-mais-pas-au-niveau-de-ses-meilleurs-disques auquel Neil Young nous aura finalement peu habitué (c'est soit très bon, soit risible).

Difficile de conclure une telle chronique "salvatrice" après de telles réserves. Peut-être sommes-nous un peu trop durs... De toute façon, il est évident que Neil Young n'a pas encore perdu la flamme. Et que si celle-ci s'amenuise un peu, qu'il n'hésite pas à convoquer son Crazy Horse au grand complet, ce qu'à peu près tout le monde attend depuis Broken Arrow. Le Canadien semble encore avoir des réserves...

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Pochette Disque Chrome Dreams II

» Tracklisting

  1. Beautiful Blue Bird
  2. Box Car
  3. Ordinary People
  4. Shining Light
  5. The Believer
  6. Spirit Road
  7. Dirty Old Man
  8. Ever After
  9. No Hidden Path
  10. The Way

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