Le Loup

The Throne Of The Third Heaven Of The Nations' Millennium General Assembly

( Talitres ) - 2007

» Chronique

le 10.10.2007 à 06:00 · par Marteen B.

Il y a souvent un être caché au coeur d'un premier album de rock. Ce qui se traduit dans les chroniques par l'épithète "habité", dans l'expression "un disque habité". Cet être caché est en général vecteur de beaucoup de solitude, et le reste du groupe, témoin involontaire, assiste au paradoxe du dévoilement masqué et de sa prostitution pudique. Pétage de plomb, shoot à répétition ou saut dans le vide viendront à leur heure évacuer le paradoxe. On en souhaite moins ici, puisque l'animal choisi, Le Loup, est un animal solitaire qui chasse en meute.

Il faut entendre ces voix attraper à pleine gueule et hurler en choeur. Il faut les entendre se donner la course, prendre la tête des aboiements, se bousculer et décroiser leurs trajectoires. Il faut imaginer ce pack de poils et de muscles, têtus et serrés, faire front à la pleine lune en couvrant de leur ombre l'être caché. La meute est un dispositif de survie qui a su montrer son efficacité chez les canidés.

"Le hurlement est sans doute le moyen de communication le plus connu du loup. Les loups hurlent pour se rassembler et maintenir une cohésion dans le groupe, pour exprimer la peur, l'anxiété, la domination ou la soumission, la protestation ou encore pour jouer ou avertir la meute de la présence d'un intrus. Tout comme les gémissements, les hurlements sont composés de plusieurs harmoniques ce qui donne l'impression que la meute qui hurle est beaucoup plus nombreuse qu'elle ne l'est réellement".

The Throne Of The Third Heaven Of The Nations' Millennium General Assembly se place sous les auspices de Dante et de James Hampton (un concurrent américain du Facteur Cheval). Rien que ça. Sauf que, pour prévenir la tentation du lyrisme, Le Loup attaque au banjo, à la boîte à rythme, au claquement de doigts et aux polyphonies de préau d'aumônerie. « Il savait bien ce qu’un silence veut dire ; il n’attendit donc pas que je le questionne, mais dit : "Parle, et sois bref, et précis." », écrivait Dante. Les chansons ne dépassent pas 3 minutes 30. Des chansons à un couplet, un refrain. De quoi réguler les débordements. Psychédélisme monial, rock santon. La dépense de moyens, d'idées et d'énergie est rongée à l'os. Le Loup se propose en chaînon manquant entre Animal Collective et Arcade Fire.

Sur l'interlude bien nommé, (storm), un orage en kit est traversé d'éclairs au synthétiseur fantaisie. We are Gods! We are Wolves! clame le titre suivant, avec son duel musical digne de Pinball première génération. Claquements de paumes télescopés et décalés. Voix lutines. Sept musiciens, autant que de péchés capitaux. Un chef de meute azimuté, et personne pour se laisser distancer, pas même le cor de chasse. Un accord de guitare lâché à la fois. Occuper l'espace. Au milieu, les voix jouent à la marelle, à se pourchasser en fantôme. La décontraction est la seule forme de gaieté permise. Un banjo, à nouveau, revient et attaque une mélancolieuse ritournelle à vous fendre le cœur, To the Stars! To the Night! La même suite d’accords de banjo fournira d’ailleurs, habillée différemment, trois morceaux au disque.

Comme il n'y a manifestement pas beaucoup d'instruments et pas de lecteur CD dans la forêt, tout ce petit monde d'âmes en peine a dû réinventer ses souvenirs de mélodies avec un banjo de western, des clochettes tibétaines, un courant d’air et les moyens du bord. Dont une voix principale asséchée, enrouée, vidée de sa sève et parfaite pour l’emploi.

A partir de Look to the West, quelqu'un découvre un ampli, les solos qui en tombent note à note et goutte à goutte n'ont rien d'avenant : rudes, rêches. Crasseux et pleins. Joués les doigts gercés. Les cordes de banjo résonnent dans des échos électroniques. Grandes orgues fendues dont les tuyaux ont été remplacés par des manchons de poêle. Autour des sons, autour des notes : l'infini silence des grandes salles de bal d'un Purgatoire où la voix se réverbère.

À la fin du disque, les oiseaux reviennent siffler. Savoir comment ils ont osé s'approcher... En tout cas, ils n'ont pas l'air gênés plus que ça par les musiciens.

Publié chez Talitres, Le Loup doit être associé à un autre groupe du label : Flotation Toy Warning. Pas du tout que leurs musiques se ressemblent, mais parce que les premiers instants d'écoute produisent cette même évidence d'un univers sonore inédit, immédiatement identifiable, impossible à imiter sans copier. Ici, un folk à crocs et à tripes, primitif, à chanter en cercle quand le feu jette ses dernières lueurs.

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Pochette Disque The Throne Of The Third Heaven Of The Nations' Millennium General Assembly

» Tracklisting

  1. Canto i
  2. Planes like vultures
  3. Outside of this car, the end of the world!
  4. To the stars! to the night!
  5. (storm)
  6. We are gods! we are wolves!
  7. Breathing rapture
  8. Look to the west
  9. (howl)
  10. Le loup (fear not)
  11. Canto xxxiv
  12. I had a dream i died

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