Simon Joyner

Skeleton Blues

( Jagjaguwar ) - 2006

» Chronique

le 12.10.2007 à 06:00 · par Eric F.

S'il est un savant mélange entre ce qui peut se faire de meilleur chez les songwriters des seventies, c'est bien chez Simon Joyner qu'on y trouve la quintessence. Depuis ses débuts, cet incroyable songwriter s'est construit une discographie tout bonnement inattaquable, que Skeleton Blues vient quelque peu remettre en cause. Troisième album enregistré avec son backing band The Falling Men, celui-ci est assurément la production la plus rock de Joyner à ce jour.

On ne sait pas trop ce qui a pu le pousser à s'orienter ainsi vers les guitares électriques, mais il est évident qu'on n'y perdra pas au change niveau songwriting. Peut-être est-ce pour cela qu'il nous assène You Don't Know Me, magnifique morceau folk électrifié et aérien, comme pour mieux nous faire comprendre qu'on n'est pas au bout de nos surprises. De surprise, il en sera question sur le non moins excellent Medicine Blues (qui rappele vaguement The Sutcliffe Gathering Song de Pavement avec le côté halluciné du Subterranean Homesick Blues de Dylan), prouvant que Simon Joyner n'a pas l'air mal à l'aise quand il s'agit de jouer les slackers.

Open Window Blues, avec ses guitares qui partent dans tous les sens, aura été une ouverture pour le moins idéale, bien que surprenante : se rapprochant au plus de ce qu'on pourrait considérer comme un talking blues, Joyner arrive à allier ses longs textes précieux avec l'électricité. Une fois de plus, les paroles sont pour la plupart extrêmement longues et construites avec une précision chirurgicale inouïe, ce qui explique la longueur de beaucoup de titres (dix minutes pour My Side Of The Blues, pourtant le titre le plus calme et le plus "traditionnel" du disque !).

Une fois de plus, ce seront les relations humaines qui seront passées à la loupe, Simon Joyner étant une nouvelle fois assez intelligent pour laisser toute leur ambiguïté aux paroles, laissant l'auditeur se débrouiller avec tous les double-sens et quelques références érudites (vous connaissez beaucoup de chansons qui citent Esope, Confucius et Aristote sans être ridicules ?), à tel point qu'on se prend même à fantasmer du jour où il se lancera dans la littérature (Simon Joyner a déjà écrit un livre pour enfant, The Boy Who Couldn't Sleep)...

Comme beaucoup de ses contemporains, Simon Joyner écrit également sur la situation actuelle des Etats-Unis, principalement dans Medicine Blues, qui mériterait une chronique pour ses paroles à elles-seules. Un couplet tel que "The Noble Lady, Noble Savage, Noble Negro, Noble Poor, They don't cruise the boulevard on their halos anymore, They were forced underground when the towers collapsed, For carrying an imaginary cross on their backs, But don't worry they've been beaten, sterilized and cannot breed, They sing Home on the Range around a barrel in Queens" est tout simplement assourdissant de génie et sonnera toujours dix mille fois plus juste que n'importe quel discours contestataire d'un Démocrate...

Sans oublier de mentionner un The Only Living Boy In Omaha à la progression bluffante, Skeleton Blues met encore une fois au grand jour les capacités d'un songwriter qui mériterait de jouer dans la cour des (très) grands, si on daignait bien lui accorder un peu plus d'attention que ce que peut lui accorder sa base de fans fidèles.

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Pochette Disque Skeleton Blues

» Tracklisting

  1. Open Window Blues
  2. You Don't Know Me
  3. Answer Night
  4. Medicine Blues
  5. The Only Licing boy In Omaha
  6. Epilogue In D
  7. My Side Of The Blues

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