Gate

Dew Line

( Table of the elements ) - 1994

Sorti initialement chez Precious Metal en 1993

» Chronique

le 18.07.2007 à 06:00 · par Benjamin A.

Vingt ans après sa formation à Dunedin en 1986, le Dead C est toujours en activité mais ses deux membres les plus illustres, Bruce Russell et Michaël Morley ont entamé, en parallèle, depuis le début des années 90, une carrière solo privilégiant chacun à leur manière une exploration des collages pour l'un, et des nébuleuses glaciales de guitare pour l'autre, déjà largement présentes en toile de fond de la plupart des albums du Dead C. Que ce soit All Channels Open ou Repulsion, deux morceaux présents sur The Harsh 70's Reality (1992), les tendances des deux musiciens à l'abstraction et à l'errance n'ont cessé de surgir dans la discographie du groupe. Gate est la formation solo et prolifique de Michaël Morley, parfois accompagné de Lee Ranaldo et de James Kirk (Sandoz Lab Technicians, The Stumps, With Throats as Fine as Needles), elle possède à son actif une trentaine de disque sortis en quinze ans dont la plupart sur Precious Metal, le label de Morley. Vingt-troisième sortie du label, The Dew Line a fait l'objet d'une réédition chez Table of the Elements et il est, plus exactement, le premier volet d'une trilogie appelée "trilogie rock", avec The Monolake en 1996 (lui aussi réédité chez Table of The Elements) et The wisher Table (1999). The Dew Line est peut être avec Harsch 70's Reality un des albums les faciles d'écoute. Morley est à la voix, à la guitare et on devine parfois en toile de fond des nappes sonores brouillonnes qui pourraient être celles d'un clavier mis en boucle.

Les boucles sont d'ailleurs omniprésentes dans The Dew Line, elles dessinent des motifs imbriqués les uns dans les autres, s'entrelaçent et se perturbent les unes les autres par des effets d'accumulations en absorbant tous les bruits parasites, dans un processus d'autodigestion permanente. Michaël Morley est plasticien (il enseigne à l'école d'art de Dunedin) et musicien, et en ne considérant dans un premier temps que la forme, il est clair que l'importance du médium dans les recherches de Gate est capitale. Nul besoin de deux écoutes pour se rendre compte que The Dew Line affiche un affranchissement total et sans détour de toute contrainte liée à l'enregistrement (idée par ailleurs chère à Bruce Russell). L'idée de ces musiciens semble assez simple : un enregistrement est un acte qui vise à enregistrer une ou des personnes en train de produire des sons dans un même espace. Et comme si la rudesse de l'enregistrement de suffisait pas, les morceaux ne sont plus systématiquement calés avec les plages du disque, certains morceaux s'enchaînant brutalement en plein milieu d'une longue plage sonore en laissant une transition floue entre deux morceaux. La post-production est presque impalpable, pour ainsi dire absente, les coupures sont sans fondu et la balance doit être à peu près celle du niveau général de saturation du quatre pistes dont se sert habituellement le néo-zélandais.

L'ouverture de l'album, pourtant est assez trompeuse, en particulier Needed All Words, et Have Not, dans lesquels demeurent encore une structure, une répétition et un phrasé très rock (l'estampille "post-rock" n'a presque jamais quitté le groupe), malgré quelques effusions plus informes de fuzz et de distortion. Ce n'est véritablement qu'à partir de la fin de Have not que le disque lâche prise et explore des dimensions beaucoup plus lointaines. La trame qui unissait encore la structure des trois premiers titres se délie dans un long drone caverneux à partir duquel le son déborde et s'évade, si bien qu'on peine jusqu'à la fin du disque à se rattacher à la moindre structure. On est alors à la moitié du disque et la description des quatre morceaux restants se fait beaucoup plus épineuse. On se retrouve sans bouée, devant quatre collages abstraits et chaotiques sur lesquels Morley intervient à de courts instants avec une voix lointaine empruntant autant à Lou Reed qu' à Mark E. Smith (Have Not, fait immédiatement penser à l'anglais), voir même à Burroughs par moment. Chaque titre fonctionne par accumulation de boucles de guitares saturées, qui pourraient évoquer par leur lancinance certains travaux de Matthew Bower, même si la bizarrerie des collages, la variation des qualités d'enregistrements et les ruptures de rythme le détachent totalement d' un album au mur de son. Les titres errent plutôt, entre larsens, coupures, riffs de guitares enchevetrés, parasites électriques, couplets mi chantés-mi parlés, le tout souvent cabossé par des rythmes sourds. L'album continue à grand pas sa fuite en avant, le temps des quatre derniers morceaux pour finalement partir en claquant la porte et stopper net comme il avait commencé.

The Dew Line, tout comme la trilogie en entier est en passe devenir un classique si ce n'est déjà le cas, il livre une matière sonore brute, subtile et ambitieuse, sans façonnage et d'une superbe fidélité à la matière, pour un groupe abusivement étiqueté de groupe "Low-Fidelity".

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Pochette Disque Dew Line

» Tracklisting

  1. Millions
  2. Needed All Words
  3. Have Not
  4. Autolevel
  5. Venerable Clouds
  6. Dew Line
  7. Triphammer

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