Jens Lekman

When I Said I Wanted To Be Your Dog

( Secretly Canadian ) - 2004

» Chronique

le 04.10.2004 à 06:00 · par Thomas F.

Il aura donc fallu attendre septembre pour que Secretly Canadian publie enfin le premier LP de Jens Lekman, véritable sensation en matière de chamber pop dans sa Suède natale.

Si l’emploi du terme "enfin" pour saluer l’arrivée d’un premier album vous parait incongru, c’est sans doute que vous ignorez encore que depuis le début de l’année, le label américain a, en guise de préambule, publié (voire réédité..) à quelques mois d’intervalles trois EPs du songwriter originaire de Göteborg et à peine âgé de 23 ans : Maple Leaves, Rocky Dennis et You Are A Light*. A vrai dire tant mieux puisque c’est avant tout à vous que s’adresse cette chronique. Ceux qui avaient suivi la caravane promotionnelle des mini albums ou encore découvert l’artiste alors qu’il émergeait dans son pays sous le pseudonyme de Rocky Dennis (référence à un adolescent au crâne difforme dont le destin tragique inspira à Hollywood un obscur film avec Cher dans les années 80...) savent déjà à quoi s’en tenir et seront surtout soulagés de relever sur la tracklist de ce When I Said Wanted to be your dog une majorité de titres inédits par rapport aux EPs sus cités. Le contraire aurait d’ailleurs été frustrant puisque le jeune homme, réputé prolifique, aurait déjà en réserve une centaine de morceaux.

Avec les fameux EPs, le label a ouvertement cherché à reproduire le schéma qui avait si bien réussi à Jeepster et Belle and Sebastian. On ne leur en tiendra pas trop rigueur car assurément la période Tigermilk / If You’re Feeling Sinister des Ecossais est une des influences musicales les plus évidentes de Lekman, sans doute même un déclencheur de sa vocation. Le chant, la partie sifflée et le piano sur If You Ever Need A Stranger (to sing at your wedding) ne manqueront ainsi pas de rappeler We Rule the School et The Boy Done Wrong Again aux oreilles initiées ; le couplet "I would cut of my right arm to be someone’s lover" en version hard de "All I wanted was to sing the saddest songs and if somebody sings along I will be happy now". Le mimétisme est perceptible jusque dans l’ambiance et le "grain" de l’enregistrement à tel point qu’on ne peut s’empêcher de se demander si le vice n’a pas été poussé jusqu’à effectuer la prise dans une vieille église…

Encore à la manière du leader de B&S, les chansons du suédois laissent imaginer que chaque fille croisée dans la rue est une source d’inspiration potentielle et une invitation supplémentaire à se laisser aller à un romantisme délicieusement naïf et légèrement affecté (qui n'empêche pas écarts détachés, cyniques et même parfois salaces), comme la faussement sage mais réellement affriolante "Chili Girl" de Cold Swedish Winter. Toutefois et contrairement à ce que pourraient laisser penser le titre de son album et la tournure prise par la présente chronique, le jeune homme n’a clairement pas pour vocation de marcher comme un gentil toutou dans les pas de maître Stuart Murdoch. Et pour cause, des maîtres il semble plutôt en avoir des dizaines comme il le confesse justement, toujours sur If You Ever Need A Stranger : "I know every song, you name it / By Bacharach or David / Every stupid lovesong / That has ever touched your heart / Every power ballad that has ever / Climbed the charts". Sur le bric à brac de samples, cuivres et autres percussions que constitue Happy Birthday, Dear Friend Lisa ou sur l’enjoué et nappé de cordes You Are A Light, on peut donc déceler les spectres de Divine Comedy (même facilité pour l’emphase et la reproduction approximative de musiques très connotées années 60-70) et Magnetic Fields (dont Domino doit prochainement rééditer plusieurs albums) tandis que Julie fait figure d’hommage au songwriting de Simon and Garfunkel. A ce catalogue, il convient encore d’ajouter un goût fortement prononcé pour la mandoline, la harpe (il avoue adorer le travail de Joanna Newsom) et les vocalises (maladroites) à la Morrissey. Et puisqu’il faisait référence à Mark E. Smith sur Maple Leaves** dans un mot d’humour mêlé de name dropping digne de Vincent Delerm, on déplorera uniquement l’absence d’un morceau à la façon de The Fall pour achever ce prestigieux tableau…

En réussissant à marier cohérence, spontanéité -ils ne sont pas nombreux les artistes qui placeraient un titre a capella dès les premières pistes- et diversité, cette collection de chansons composées et enregistrées selon la légende à la maison entre 2000 et 2004 parvient à réduire quasiment à néant les quelques réserves que l’on pourrait émettre (l’énumération flirtant allégrement avec le ridicule des tramways sur Tram #7 to Heaven par exemple). Le caractère démonstratif et parfois iconoclaste du talent du jeune suèdois ne manquera pas d’irriter certaines personnes mais nul doute qu’elles seront plus nombreuses cet automne à s’attacher à cet album chaleureusement perfectible, à la fois cocasse et émouvant, et surtout plus que prometteur. En tout cas, j’ai déjà choisi mon camp.

*ce dernier sort quasi simultanément à l’album et a d’ailleurs été enregistré lors des mêmes sessions.

**Ce titre figure sur la version scandinave de l’album disponible chez Service mais je ne peux que vous inciter à vous procurer de préférence l’EP Maple Leaves chez Secretly Canadian, ne serait ce que pour la reprise du Someone To Share My Life With des TV Personalities.

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Pochette Disque When I Said I Wanted To Be Your Dog

» Tracklisting

  1. Tram #7 to Heaven
  2. Happy Birthday, Dear Friend Lisa
  3. Do You Remember the Riots?
  4. You Are the Light (by which I travel into this and that)
  5. If You Ever Need a Stranger (to sing at your wedding)
  6. Silvia
  7. The Cold Swedish Winter
  8. Julie
  9. Psychogirl
  10. When I Said I Wanted to Be Your Dog
  11. A Higher Power

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