Fonal Records

Direction Grand Nord

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le 01.12.2004 à 00:00 · par Erwan M.

Entre psych-folk expérimental, électronica organique, psychédélisme free, country-rock ou pop naïve, le catalogue Fonal, divers et varié, propose actuellement l'une des musiques les plus excitantes du grand Nord.

Fondé en 1995, le label finnois Fonal est avant tout l'aventure d'un seul homme, le touche à tout Sami Sänpäkkilä, musicien, ingénieur du son, graphic designer et consommateur compulsif de sons et d'images. Basé dans le petit village d'Ulvila (à une cinquantaine de kilomètres de Tampere), Fonal débute avec la sortie d'une cassette auto-produite, comprenant différents titres de ES, Kiila et Slaughterhouse Quintet, et distribuée par l'équipe belge (k-raa-k)³. Le label devient officiel début 2001, sans vraiment changer son mode de fonctionnement: les différents albums, souvent le fruit de collaborations entre amis musiciens, partagent tous cette touche artisanale d'enregistrements fait-maison, intimes et chaleureux. Sänpäkkilä, lorsqu'il n'est pas derrière ses instruments au sein de Kiila ou de ES, s'implique systématiquement dans les différentes sessions de mixages, le design des pochettes, l'écoute des CDs démos... D'où cet agréable sentiment d'homogénéité a l'écoute des productions du label. Modeste goutte d'eau dans l'industrie musicale internationale, Fonal Records apporte un vent de fraîcheur et de sincérité qui aurait souvent tendance à faire défaut dans les milieux initiés.

  • Interview Sami Sänpäkkilä

Pour millefeuille, Sami Sänpäkkilä, actuellement en échange dans une école de cinéma au Canada, a chaleureusement accepté de répondre à quelques questions, en se soumettant au petit jeu de l’e-mail interview.

Ces quelques dernières années, tu as multiplié les différents projets musicaux (ES, Kiila, Kemialliset Ystävät). Peux tu nous expliquer en quelques mots quelle est ta place dans chaque projet, et d’où vient ce besoin de multiplier les collaborations?

Nous avons formé Kiila avec Niko-Matti Ahti (également membre de Päivänsäde et d’Avarus) en 1993, je crois. Nous avons dès le début appris à jouer de la musique ensemble. ES est un groupe que j’ai monté en 1995, et qui est désormais le nom que j’utilise pour tous mes projets en solo. Pour Kemialliset Ystävät, je connais Jan Anderzen (fondateur du groupe) depuis déjà pas mal d’années, j’ai accompagné le groupe pour quelques concerts et je me suis beaucoup impliqué au niveau de l’enregistrement et du mixage des albums. Le terme collaboration semble un peu trop professionnel pour moi. Nous sommes amis, et l’on s’aide tous d’une manière ou d’une autre.

Lorsque tu composes et que tel ou tel titre semble prêt, sais-tu à l’avance si ce morceau sera utilisé pour Kiila ou pour ES?

La plupart du temps, oui. Désormais, nous composons avec Kiila en tant que groupe à part entière. Avec ES, je réalise tout ou presque individuellement. Il y a eu quelques occasions où j’ai pu jouer une idée de chanson pour ES en compagnie des membres de Kiila, et puis finalement, les musiciens ajoutant quelque chose d’intéressant, c’est devenu un titre pour Kiila. Le titre Pysähtyneet Planeetat, par exemple, publié sur le dernier album de Kiila, est à l’origine une idée développée pour ES.

Le dernier album de Kiila (Silmät Sulkaset) a plusieurs morceaux chantés. Qui écrit les paroles au sein du groupe? Peux-tu nous dire deux mots sur les différents thèmes abordés?

Toutes les paroles jusqu’à maintenant ont été écrites par moi ou Niko-Matti. Les paroles de Niko parlent en général de développement personnel et s’attardent sur sa propre vision du monde, du moins c’est ma façon de les interpréter. Mes textes sont un peu plus mystiques et vagues. Mais je suis vraiment fier des paroles de l’album Silmät Sulkaset.

Le premier album était écrit en anglais, pourquoi avoir choisi de n’écrire qu’en finnois sur le second ?

En tant que finnois, je me sens plus accompli en écrivant dans ma langue maternelle. Les mots ont désormais plus de sens et de profondeur. Lorsque j’écrivais en anglais, j’avais l’impression que les paroles sonnaient faux.

Quelles sont tes influences principales, en musique ou en général (art, littérature..) ? Qu'est ce qui tourne sur ta platine ces jours-ci?

Dernièrement, j’ai beaucoup écouté Neil Young et Manu Chao. Je vis à Toronto, au Canada, jusqu’à la fin 2004, et comme je fais pas mal de vélo ici, j’écoute beaucoup de musique au casque. Récemment, je suis allé voir Jonathan Richman et Animal Collective, les deux étaient vraiment magnifiques. Je suis inspiré par toutes les choses qui m’entourent: les émotions, les gens, la nature, les lumières et l’obscurité, les bruits en général. Mais je ne vois rien qui puisse m’influencer de façon totalement directe.

Ayant vécu quelques mois en Finlande, je suis quelque peu familier avec la culture du pays, et quand j’écoute tes différents projets, je ressens une profonde sensibilité finnoise dans ta musique : une forte mélancolie et le besoin de s’exprimer via des moyens peu conventionnels. Est-ce que c’est quelque chose dont tu as conscience?

Je me sens particulièrement finnois et tout le monde semble percevoir ce trait dans ma musique. Je sens que mes racines sont en Finlande et c’est aussi en Finlande que je me sens chez moi. Vivant actuellement à Toronto, je ne peux que ressentir cela d’une façon très forte. Je passe un très bon moment ici et je n’ai en aucun cas eu le mal du pays depuis mon arrivée. Mais malgré tout, je sais que je me sentirai chez moi que lorsque j’aurai de nouveau foulé le sol finlandais. C’est une sensation étrange parce que cela n’a rien à voir avec le fait de m’amuser ou pas ici. Au contraire. Je passe vraiment un bon moment, j’ai rencontré tellement de nouvelles personnes que je pourrais facilement passer plusieurs années à Toronto, et même penser à m’y installer. Mais je ne suis pas d’ici et ça, ça ne changera pas.

As-tu justement rencontré durant ton séjour au Canada des artistes/musiciens intéressants, rencontres qui pourraient aboutir à des collaborations fructueuses ?

Début décembre, je pars pour une petite tournée aux Etats-Unis, en compagnie de Miriam Goldberg, Jeffrey Alexander et Shary Boyle. Miriam et Jeffrey sont connus sous le nom Black Forest/Black Sea, et jouaient auparavant dans le groupe Iditarod. Alors qu’ils étaient en tournée en Finlande, nous avons enregistré ensemble quelques titres qui seront présents sur le prochain album de ES , Sateenkaarisuudelma. (le LP sera disponible début janvier 2005 et distribué par le label belge (k-raa-k)³). Nous jouerons également ces morceaux sur la tournée américaine. Shary Boyle est une artiste que j’ai rencontrée ici au Canada, elle s’occupera des visuels sur la tournée. Son travail a été récemment montré durant le dernier festival All Tomorrow's Parties de Los Angeles avec des musiciens de Berlin et de Paris. Deux des concerts de la tournée devraient voir la présence d’un invité surprise, mais c’est un secret pour l’instant !

Ton label -Fonal- est basé dans le petit village de Ulvila, situé pas très loin du milieu de nulle part. Quels sont tes rapports avec l’industrie du disque finlandaise? Te sens-tu isolé en étant relativement éloigné de la capitale? Est-ce que ta position d’outsider influence ton travail et ta vision artistique?

Nous ne sommes pas si éloignés de la capitale. De nombreuses entreprises peuvent être dirigées à distance tout en ayant leur base située dans n’importe quelle métropole mondiale. Pour ce qui est de Fonal, sa base est définitivement située à Ulvila. Peut-être parce que c’est là que se trouvent mes pommiers et mon chat; ça m’oblige à ne pas prendre de décisions hâtives. Dans tous les cas, je ne me sens pas du tout connecté avec l’industrie musicale. Je pense que ce que je fais se situe à un niveau complètement différent.

A lire les différents articles de la presse indé spécialisée, on pourrait croire que Tampere est la nouvelle capitale indé finlandaise. quelle est ton opinion à ce sujet?

Bien, si l’on considère les artistes signés chez Fonal, beaucoup sont en effet originaires de la région de Tampere. Je pense que si l’on doit choisir une ville où tu as le plus de chances de croiser quelqu’un qui a un album chroniqué dans The Wire, alors oui, je dirais Tampere. Mais ça changera tôt ou tard. Il faudrait éviter d’en faire une ville hype. Cela ne ferait qu’accélérer sa chute, tu ne crois pas ?

Très peu d’artistes finnois réussissent à percer à l’étranger, et s’ils y parviennent, c’est toujours à un niveau relativement faible (Jimi Tenor, 22 Pisterpirkko...). D’un autre côté, je suis vraiment étonné de lire, concernant les sorties Fonal, un nombre assez important de chroniques très positives provenant des USA. Comment expliques-tu le fait que tu commences à avoir un public là-bas en quantité plus importante qu’en Finlande?

Je n’en ai vraiment aucune idée. Jusqu’à présent, je ne pense pas que le public soit plus important à l’étranger qu’en Finlande, du moins ce n’est pas mon impression. Peut-être en saurais-je plus après la tournée américaine de décembre.

Vous avez joué quelques dates en Europe cet été avec Kiila et ES (Belgique, Danemark, Allemagne). Comment cela s’est-il passé ?

Etonnant. Toutes les mini tournées se sont très bien passées. On a vendu des centaines de cds, on a joué devant des centaines de personnes. Ce qui était sympa, c’est de jouer dans pleins d’endroits différents et devant de nouvelles têtes. La réaction était quelque fois extatique, quelque fois pas. Mais globalement, on a été accueilli avec un grand enthousiasme et beaucoup de chaleur.

  • Tour d'horizon

Entre les collages fragiles de ES, le folk envoûtant de Kiila ou les expérimentations psyché de Kemialliset Ystävät, voici donc un rapide aperçu des sorties importantes estampillées Fonal.

  • Islaja - Meritie (Fonal, 2004)

Projet de la finlandaise Merja, qui officie généralement chez Kemialliset Ystävät, Avarus, ou les Anaksimandros, le premier album d'Islaja emprunte une voix toute personnelle. Entièrement composé, arrangé et joué en solo, les treize titres free folk qui composent Meritie tournent essentiellement autour de la voix vaporeuse et délicate de la chanteuse. L'instrumentation, riche et variée (accordéon, orgue, xylophone, harpe, violons, harmonica...), se déploie autour d'une guitare acoustique squelettique. Les arrangements minimalistes laissent respirer chaque instrument et contribuent a renforcer l'ambiance quasi-mystique qui règne dans l'atmosphère. Les mélodies, éthérées et fragiles, sont doucement susurrées ou parfois seulement parlées (Vimeisellä Rannalla). Alternant textures sonores simples avec des développements harmoniques quelques fois plus complexes et volontairement dissonants, l'ensemble séduit par la palette d'émotions engendrées. Meritie, album en apesanteur, triste, mélancolique et fiévreux, porté par des mélodies transcendentales, est une invitation à se perdre dans les brumes hantées de la campagne finlandaise.

  • Kiila - Silmät Sulkaset (Fonal / (k-raa-k)³, 2004)

Après un premier album orienté pop expérimentale (Heartcore, 2001), Kiila, le duo originellement constitué par Niko-Matti Ahti et Sami Sänpäkkilä, s'est agrandi en accueillant de nouveaux membres. La formation suit désormais la la trace d'un folk aux accents psychédéliques...Lire l'intégralité de la chronique.

  • Kemialliset Ystävät - Alkuhärkä (Fonal, 2004)

Déjà apparue sur des labels tels que Jewelled Antler, Last Visible Dog, Celebrate Psi Phenomenon ou Lal Lal Lal, la bande emmenée par Jan Anderzen signe cet album chez Fonal. Si la musique de Kemialliset Ystävät est très influencée par le free-folk (pas si éloignée de Daniel Padden), l'instrumentation très écletique et l'ouverture d'esprit du groupe confèrent à Alkuhärkä un goût inédit: improvisations et envolées psychédéliques imprévisibles, telles sont les clefs de voûte de cette insaisissable formation...Lire l'intégralité de la chronique.

  • ES - Kaikkeuden Kauneus Ja Käsittämättömyys (Fonal / (k-raa-k)³, 2004)

Acronyme de Experimental Songcycles, ES est le projet de Sami Sänpäkkilä (fondateur de Fonal). Sur ce troisième album, des contributions vocales particulièrement éthérées se déposent sur des nappes en apesanteur, elles croisent des boucles de cordes, de piano, de cuivres, de cloches qui s'assemblent dans des décors hantés par les drones. ES a aussi recours à des sources sonores moins conventionnelles, venues de l'environnement, et Sami Sänpäkkilä s'est par ailleurs attaché les services de musiciens en provenance de Kemialliset Ystävät et d'Avarus. Ce disque parvient à dégager une teneur chaleureuse d'une musique en apparence glacée: sous leurs faux airs de monolithes immuables et inexpressifs, ces compositions profondément teintées de couleurs dark-ambient se révèlent rapidement évocatrices, elles reflètent les aspects contemplatifs et rêveurs de la musique d'ES.

  • Various Artists - Surrounded By Sun (Fonal, 2002) / Circle - Elcric 7" (Fonal, 2003)

Un mot pour terminer concernant deux disques du catalogue. Si elle regroupe des titres de certains artistes signés chez Fonal (KY, Kuusumun Profeetta, Kiila, Ville Leinonen...), la compilation Surrounded By Sun établit parallèlement des connections possibles avec des groupes externes au label : on y croise ainsi l'étendard psychédélique de Fursaxa ou de Scorces (duo constitué par Helen Leigh Murray et Christina Carter, toutes deux chez Charalambides), ainsi que le folk de P.G. Six (projet de Pat Gubler, membre fondateur de Tower Recordings, un collectif relativement proche de l'esprit de Kemialliset Ystävät, justement). D'autre part, Fonal a sorti en 2003 un 7" de Circle, formation emmenée par Jussi Lehtisalo (fondateur du label Ektro Records): ce groupe phare de la scène finlandaise s'est par ailleurs répandu dans de nombreux side-projects (Pharaoh Overlord, par exemple), tous témoins d'une large ouverture stylistique. Un groupe incontournable.

  • Liens

De nombreux extraits audio, des vidéos sont disponibles sur les sites des groupes et du label.

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