Sur la route...

... avec Jordan

» Article

le 06.10.2008 à 06:00 · par Thibaut G.

Le groupe Jordan nous livre le compte-rendu de son périple en Norvège, première étape d'une première tournée-fleuve all around the world.

« What goes on tour stays on tour? »

Eh bien non, en fait, puisqu'on a décidé avec Thibaut de Millefeuille de faire un report du début de notre tournée automnale, la plus importante qu'on ait fait jusque-là (35 dates en tout)...

Tout commence par un SMS reçu dimanche 21 septembre, avec ce message laconique : « vous voulez ouvrir demain pour Polysics à la Maroquinerie ? ». Quelques échanges plus tard, c'est réglé. On annule ce qui devait être notre répét' finale et nous voilà en fin d'après-midi à la Maroquinerie, avec une légère impression de déjà-vu après notre première partie de Shipping News en mai qui avait lancé l'album. Comme d'habitude, accueil nickel, tout le monde est très gentil et la salle est très agréable à jouer. On va manger tranquillement alors que les fans de Polysics arrivent peu à peu. Personne, mis à part une dizaine d'amis invités à la dernière minute, ne sait qu'on joue. C'est une situation finalement plus agréable que celle d'avoir à gérer une première partie "à enjeu" (comme Les Savy Fav ou Shipping News, par exemple...). On démarre le concert et tout se passe très bien, le public de Polysics est assez jeune et réagit super bien, on a un gros son comme on aime et les gens dansent et rient à nos blagues pas drôles. On est encore en rodage mais tout passe correctement. On en profite pour jouer une toute nouvelle chanson qui passe comme une lettre à la poste malgré nos craintes. Après le concert, tout le monde vient nous voir et est très gentil (phrase culte de la soirée : « nan mais arrête, Jordan je vous ai trop kiffés »...). On vend quelques CDs et T-shirts et on ne s'attarde pas. Demain matin, direction Charles de Gaulle !

On a en effet été invité en première partie d'un groupe qu'on aime beaucoup et dont les membres sont devenus de très bons amis à force de partager des dates ensemble. Il s'agit de Rumble In Rhodos, quintet d'Oslo qui propose un mix furieux de rock'n'roll, de post punk et de noisy rock. On partage un grand nombre de références. Ils nous avait invités pour leur release party en mai dernier, et on est très content de passer une petite semaine avec eux. Leur album a été très bien reçu (2000 copies épuisées en Norvège, passages sur MTV et gros festivals d'été...). On part donc avec la promesse de bonnes salles et d'un public réceptif. On arrive mardi après-midi à Oslo. Thomas, le chanteur de Rumble, nous accueille chez lui. Son appartement est très chaleureux et agréable, et sa copine et lui nous préparent un bon dîner. On se couche assez tôt car le lendemain, on doit partir à 6h30. En effet, en Norvège, il n'y a pas de grands axes routiers, seulement des petites routes, ce qui fait qu'il faut facilement 8-9 heures de route pour faire 500 km... On passe chercher le matériel au local de répétition et on retrouve tous les autres membres du groupe avec grand plaisir. Eux partent en van et nous les suivons en break. La route s'annonce longue. Direction Volda !

Bien que très longue, la route est magnifique. C'est le début de l'automne et on se retrouve au milieu des fjords avec des couleurs de paysages assez folles. Rahim, le groupe avec qui on avait fait notre tour européen l'année dernière, avait décrit notre fonctionnement comme ça : « les Français de Jordan s'arrêtent toutes les 20 minutes pour fumer un très grand nombre de cigarettes et boire une grande quantité de café ». D'habitude, c'est un peu ça, on arrive en retard parce qu'on s'arrête tout le temps ; bref, on n'est pas très sérieux... Mais avec les Norvégiens ça rigole pas, on ne s'arrête qu'une fois pour manger et juste 10 minutes. Du coup, on arrive avec 2 heures d'avance à Volda. C'est une petite ville au bord de la mer (on y arrive en ferry) mais qui a une population de 2500 étudiants. C'est d'ailleurs sur la salle du campus qu'on doit jouer ce soir, un endroit très bien foutu : 300 places avec une scène très grande et haute un balcon pour les spectateurs. Hormis Rumble et nous, il y a un troisième groupe et pas des moindres : Don Juan Dracula (sic !). Baptiste, notre clavier, m'avait parlé d'un drôle de groupe norvégien qu'il avait vu à Shanghai, eh bien c'était eux. Sorte de mix inimaginable de Kajagoogoo et de Wham!, les Don Juan Dracula jouent apparemment en costumes blancs, genre Eddie Barclay, et sont très connus dans leur pays. Le seul problème, c'est qu'ils font une balance de 2 heures et ont quand même l'air un peu à la rue (on m'a déjà dit de ne pas critiquer les autres groupes dans les tour reports, alors je m'arrêterai là...). Point positif, l'accueil est mortel, car quand tu joues en Norvège, tu as le droit à : un catering et des boissons quand tu arrives, un catering en loges et un frigo rempli de boissons par groupe, 25 euros pour t'acheter à manger dehors, et à la fin du concert, des sandwichs et du vin. Je comprends pourquoi les Deftones sont devenus si gros ces dernières années. Notre balance se passe bien, l'ambiance est assez surréaliste. Les étudiants qui organisent (tous volontaires) sont ultra prévenants, une armada de filles vend notre merchandising, nous apporte des serviettes, des fruits, des kinders... Bref, ça ne s'arrête pas.

On joue en premier et le concert va être mortel. Du monde, des gens hyper réceptifs (qui nous crient « je t'aime » en français). On fait un set plus long que d'habitude (45 minutes...). En sortant de scène, tout le monde se précipite sur nous, les Français sont l'attraction du jour, visiblement (« I speak french man : je m'appelle tu, is this correct? », etc.). L'ambiance est très "teen movie US", tout le monde veut nous ramener à son afterparty... On finit par s'éclipser pour aller voir le concert de Rumble du côté de la scène. Grosse ambiance, grosse claque comme d'habitude. Ensuite, c'est au tour de Don Juan Dracula. Les gars du groupe s'étant avérés extrêmement sympathiques avant et après le concert, je ne dirai rien (mais il y avait des chorégraphies, des guitares synthés, des costards à épaulettes...). On finit la soirée dans une maison, à cette fameuse afterparty finalement assez calme. On finit par rentrer à l'hôtel, qui selon un des Rumble, ressemble à un décor de film porno 70's à la Boogie Nights... Gros déjeuner et on repart vite car on a encore 9 heures de route à faire.

Direction cette fois-ci Haugesund, qui est aussi au bord de la mer, mais où l'ambiance est beaucoup moins étudiante. La route est belle mais toujours très longue (on prend 4 ferries différents, quand même). Heureusement que tout est pris en charge car la Norvège s'avère hors de prix... On arrive assez tard à la salle, qui est moins spectaculaire que la veille, mais très agréable quand même. Enfin le wifi, je me rue sur mon ordinateur (eh oui, même en tournée, y'en a qui travaillent...) pendant la balance de Rumble. La salle est cool, un peu foutue comme la Boule noire mais en plus petite... On balance à notre tour, le son n'est pas génial à cause d'un vilaine reverb naturelle... On finit par y arriver et on part en loges, en attendant le début de notre concert (ça joue tard en Norvège, généralement vers 23h...). La loge occupe tout l'étage supérieur et il y a un babyfoot. On fait découvrir Trapped In The Closet à ceux qui ne connaissent pas (c'est une sorte de série musicale ultra ratée conçue par R. Kelly...). On part jouer. Il y a moins de monde que la veille mais ça reste raisonnable. Les gens sont attentifs et notre set se passe bien, malgré quelques problèmes de sons... Les Rumble enchaînent et les gens sont moins réceptifs (l'alcool et la fatigue aidant, j'imagine...). Nos potes le prennent avec le sourire et s'en sortent très bien vu la situation je trouve... L'organisatrice, encore volontaire, est très prévenante (allant jusqu'à nous dire « do you want me to bring some nurse student girls in the backstage ? » ; heu... non, ça va aller...). Elle nous raconte qu'il y a quelques semaines, des gars sont arrivés et ont saccagé l'endroit et tenté d'y mettre le feu... Et que s'ils les retrouvent, elle leur cassera personnellement les genoux avec une barre de fer. Bonne ambiance... Encore une fois, on se fait traîner à une afterparty. C'est loin malheureusement, et pas bien passionnant en arrivant. On file à l'hôtel !

Le lendemain, départ pour Bergen. Plusieurs bonnes nouvelles : il y a seulement 2 heures de route, et les Rumble y ont déjà joué, souvent avec succès. Mais grosse crainte de la journée : Data Rock, originaire de Bergen, fait un show caritatif gratuit le même soir pour récolter de quoi se repayer un local de répét' (le précédent étant parti en fumée...). On arrive à la salle après avoir visité la ville (qui ressemble pas mal à Québec, je trouve...). C'est encore un endroit géré par les étudiants de la ville et qui est assez marrant : ça ressemble à une grand troglodyte avec une super salle de 300 places à peu près. Super scène et super système de son. Ça s'annonce très bien. Tout le monde nous accueille encore une fois très très bien. Pré-show hip-hop dans les loges (Rick Ross, Dr. Dre, NTM qu'on fait découvrir aux Norvégiens, Pharell, Snoop & co...). On monte ensuite sur scène, et bonne surprise, les gens sont finalement au rendez-vous. Encore une fois, super bonne réaction, on fait notre set et malgré les horribles spots qui nous font transpirer comme en enfer, on s'amuse beaucoup. Thomas, le chanteur de Rumble, vient faire Pharaoh avec nous sur scène. Il connaît les paroles et sa danse hystérique nous remonte encore plus... C'est déjà la dernière date avec nos potes et on est quand même un peu triste... Ils enchaînent directement derrière et la foule est à fond (les deux premiers rangs chantent toutes, mais alors toutes les paroles). On monte sur scène au dernier morceau sans savoir trop quoi faire, mais il faut marquer le coup quand même. Un de leurs amis de Bergen fait une sorte de performance étrange (entre GG Alin et Daniel Johnston, on dira...). On se ruine les mains sur les tambourins et le concert est déjà fini... L'afterparty, ce soir, est dans les loges remplies de gens. On passe vraiment du bon temps. On finit par loader le matériel après avoir trinqué avec émotion (ça rend bête, les tournées entre amis...). On part à l'hôtel qui est très luxueux. Le lendemain, à nouveau, grosse route pour aller à Oslo...

La route est longue, très longue, pour rejoindre notre point de départ. On finit par arriver à Oslo vers 19h et il est déjà temps de filer pour le soundcheck à la salle... Les Rumble ont réussi à nous caler en dernière minute au Garage sur une première partie. La salle est vraiment cool et on est très bien accueilli. Un seul souci de dernière minute : on doit commencer le concert très (trop) tôt. Vers 22h, on monte sur scène, et il n'y a pas foule. Si le Garage est d'habitude plutôt punk/hardcore, on joue ce soir avec un groupe un peu bizarre, des Danois qui s'appellent Veto, et que visiblement tout le monde attend, parce qu'ils viennent de signer chez Sony (merci le critère de qualité...). Notre concert se passe finalement plutôt bien, quelques personnes sont vraiment à fond et ça nous suffit amplement... Une fois le concert terminé, le tour-manager de Veto nous beugle dessus comme un robot avec une vraie tête de gagnant : « take it way! ». Thibaut le rappelle gentiment à la raison (« fuck it, OK?! »), et le gars devient tout blanc. Ça nous fait bien rire avec Thomas (le gars l'avait engueulé plus tôt parce qu'il buvait de la bière sur scène, et que ce n'était pas professionnel !). A minuit, c'est l'anniversaire de Thibaut, notre batteur. On part fêter ça en ville avec quelques Rumble. Le lendemain, retour à Paris ! On a encore une semaine de trou chez nous avant la suite de la tournée (4 semaines aux USA !).

  • Les photos du concert de la Maroquinerie (Rod).
  • Les photos du concert de Bergen (Helge Brekke).

Retour haut de page

Helge Brekke

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.