Jordan

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le 02.07.2008 à 06:00 · par Thibaut G.

A l'occasion de la sortie de Oh No! We Are Dominos!, paru le 5 juin dernier chez motoneige records et chroniqué dans ces colonnes, les membres de Jordan nous livrent, tour à tour, quelques-uns de leurs disques fétiches.

  • Adrien Durand (guitare, chant)

Tortoise - TNT

Un de mes disques préférés depuis très longtemps, et l'un de ceux que j'écoute le plus souvent. Un groupe très inventif qui a expérimenté beaucoup, mais qui en même temps reste accessible. J'aime beaucoup les climats, presque sud-américains sur certains morceaux, et la fin qui part en electro barrée un peu bruitiste. J'écoute très souvent cet album en fond sonore quand j'écris les paroles de Jordan. C'est très évocateur je trouve, ça pourrait être presque la bande-son des photos d'Eggleston qui m'inspirent aussi plein d'images abstraites et de métaphores bizarres décrites sur l'album... Je trouve ça assez étrange qu'ils aient été catégorisés post-rock, on en est loin. C'est plutôt un pont jeté entre la musique expérimentale, l'histoire de la pop et une approche free jamais pédante. On l'a beaucoup écouté en tournée avec Rahim, qui était fan de ce groupe aussi. La pochette est très intrigante et complètement je m'en-foutiste, je l'aime beaucoup.

Lizzie Mercier Descloux - Press Color

C'est une chanteuse française de la fin des années 70 début 80, une période que je trouve très intéressante sur le plan de la musique, comme de l'art ou de la littérature. Elle a enregistré seulement cinq albums, mais tout est là. Press color est d'une "funkitude" absolue, et c'est en même temps l'un des disques les plus arty et les plus punk que je connaisse. On est en plein dans le mouvement no-wave, mais elle ne se prend pas du tout au sérieux. La première chanson Fire est un tube en puissance, comme un décalque pas sérieux des Talking Heads. Elle ne se gêne pas pour faire n'importe quoi (cf. la reprise de Fever transformée en Tumor...). C'est iconoclaste et totalement inventif. Un peu comme ce que l'on fait, elle chante en "broken english" avec un accent français très drôle, qui rajoute au recul qu'elle a par rapport à sa musique. Elle a été amie et a collaboré avec un paquet de gens que j'admire beaucoup (Richard Hell ou Patti Smith), et n'a pas hésité à s'exiler. J'écoute beaucoup de no-wave américaine (James Chance, James White, Teenage Jesus), et ça m'inspire beaucoup au moment d'écrire mes parties de guitare. Cette ambiance punk-funk blanc est super, je trouve. Bref, c'est une démarche qui me touche beaucoup... Arty, fun et intéressant. Un vrai Ovni.

XBXRX - Sixth In Sixes

Un autre groupe que j'adore. C'est un trio bruitiste assez génial, qui vient d'Oakland. Sixth In Sixes est comme tous les disques de rock devraient être. Il dure vingt-cinq minutes, avec des morceaux courts et très forts et des interludes pleins de synthés malsains. C'est un groupe qui mixe le noise-rock et la no-wave historique. Et en concert, c'est incroyable. Ils parlent eux-mêmes de "joyeuse explosion", et c'est assez vrai. Ils sont drôles avec des dégaines de geeks californiens. Leur attitude m'a beaucoup inspiré, ils tournent en voiture, jouent sur n'importe quel ampli tant que ça fait du bruit, sans balance, et ne joue pas les durs ou les gens distants et intellos... Il y a une super scène dans ce style-là en ce moment (AIDS Wolf, PRE, Health...), et eux méritent la reconnaissance qu'ils ont maintenant. En plus, leur batteur, maintenant, c'est Weasel Walter (regardez sur wikipedia vous verrez !).

  • Baptiste Motenai (clavier, chant)

Rocky Votolato - Makers

Rocky Votolato était d'abord le chanteur d'un groupe d'emo des années 90 qui s'appelait Waxwing, un truc proche de toute la scène Jawbreaker, Promise Ring, Jazz June etc., mais avec je pense une sensibilité mélodique très riche, presque post-rock parfois, et surtout une voix éraillée hyper maîtrisée et des paroles magnifiques. Quand il a commencé à chanter tout seul, Rocky Votolato composait des chansons de rock jouées avec une guitare acoustique, alors c'était très souvent fragile, assez minimal car on avait enlevé basse-batterie-deuxième guitare ; mais toujours avec cette voix qui peut tout faire, chuchoter, hurler, se déchirer, raconter des tonnes d'histoires pleines d'images, de personnages et de paysages. Ensuite, la musique s'est teintée de country et de folk, et je pense qu'à ce moment-là, j'ai découvert un album (Makers) quasi parfait, entre harmonies rock/emo/post-rock et arrangements folk/acoustique, ce qui peut sembler étrange pour les inconditionnels d'un seul de ces styles, mais qui m'a complètement convaincu, parce que j'étais très sensible aux deux. C'est un album de songwriting assez traditionnel, mais qui est si dense, si riche et si bien interprété que je reste sans voix à chaque fois. Pour le laisser chanter, sûrement.

Belle and Sebastian - The Boy With The Arab Strap

C'est un groupe que tout le monde connaît, qui a composé des centaines de chansons et qui a été sélectionné dans la top list du siècle de John Peel, mais que je ne connaissais pas quand je suis tombé sur ses chansons mélodiquement parfaites, tellement naïves - mais finalement pas tant que ça. Tant de belles choses, de belles voix, de mots si poétiques, d'instruments qui participent à une sorte de symphonie collective… Toutes les chansons sont pleines de détails, d'envolées, l'album est très cohérent, il décline une sorte de récit. J'ai écouté ce disque dans toutes les situations, c'est la mélodie que j'ai dans la tête, la bande-son de mes journées. Ce qui me fascine le plus, c'est que finalement, la musique de Belle and Sebastian ne s'oppose pas à celle des groupes plus violents ou plus expérimentaux ; je trouve qu'elle peut très bien donner envie d'écouter Autechre, Envy, ou Fugazi juste après, même si on ne dirait pas au premier abord. Il y a comme plusieurs sensations différentes : la naïveté et les jolies choses bien sûr, mais aussi beaucoup de mélancolie ou de gratitude, de sentiments et d'idées qui voyagent dans cet album, et qui peuvent être reliés à d'autres types de musique.

Braid - So Lucky To Be Alive

J'étais tout seul à Amsterdam en 2000 et ne connaissais pas Braid, quand je suis tombé sur leur album live qui marquait la fin de la vie du groupe. C'est un disque encore parfait, avec toute l’énergie de ces groupes des années post hardcore/emo/etc., qui prennent du plaisir à briser des schémas, à chanter plus ou moins juste (écoutez Cap n' Jazz !) et à complexifier la musique pop, à la rendre tortueuse, dans un esprit punk-DIY. C’est un truc groovy allié à un chant mélodique à peine juste et à de la guitare distordue, et une envie de mettre plein de doigts sur sa guitare pour faire des accords moins évidents, de dynamiser tout ça en brisant le rythme, mais sans faire de recherche, sans trop réfléchir j'imagine, juste parce que ça exprimera (musicalement) des choses plus subtiles que le punk-rock de l'époque. Ca, ça m'a bluffé. En live, ça avait l'air complètement libre, si nouveau pour moi, j'ai adoré.

  • Thibaut Jamin (batterie, chant)

Engine Down - Engine Down

Un album qui s'écoute du début à la fin, ça me rappelle les années 90, tout ça ! En même temps, c'est un peu la marque de fabrique de ce groupe de Richmond, qui a su faire le tour en trois albums d'un sens de la mélodie très personnel. Première et dernière sortie du groupe chez Lookout Records, cet album restera à mes yeux l'un de ceux qui font regretter que le groupe n'ait pas continué, mais qui donne aussi une vraie fin à une carrière d'une dizaine d'années. Comment faire mieux après ça, de toute façon ? J'ai eu l'occasion de donner un coup de mains lors de leur concert à Paris au Café de la plage en 2004 ou 2005, ingé-son qu'ils disaient ! Je me suis retrouvé à la console à moins d'un mètre d'eux pendant tout leur concert, et là, stupeur ! Un concert énorme où je n'ai pu que quelques rares instants décrocher des yeux le batteur (Cornbread Compton) ; un jeu impressionnant, très aéré et ponctué d'accélérations plus que bien placées... Je crois que je n'en reviens toujours pas. En bref, c'est un des albums qui tourne en boucle lorsque nous partons en tournée et ça fait du bien !

Refused - The Shape Of Punk To Come

Le titre de cet album suffit un peu à comprendre ce qui a été entrepris par les membres du groupe. Un travail très précis d'enregistrement sur l'idée de : "on met tout ce que l'on sait faire, voire plus, et on en rajoute encore !". D'une maîtrise impressionnante, qui pourrait presque dégoûter ceux qui aimeraient en faire autant. C'est beau, c'est grand et c'est rond ! Un indispensable, comme diraient certains, que l'on écoute déjà comme un classique. Pas si mal, pour un groupe suédois qui à la base, ne faisait "que" du hardcore... Par contre, si vous avez peur du ridicule, n'essayez pas de regarder leur DVD Refused Are Fucking Dead, du moins pas le documentaire hyper larmoyant... "Qui se vante de ses actes en perd la noblesse", pour le coup ; on a testé en tournée, et tout le monde à rigolé, de mémoire, même si la section live reste tout de même très sympa.

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