Kilbi v.17

Heidi sauce rösti punk

» Article

le 13.06.2007 à 06:00 · par Gaëtan S.

Début juin, en Suisse, le rendez-vous est pris pour le Kilbi festival. Cette année, nombreux sont ceux à l'avoir noté sur leur agenda, deux des trois soirées étant annoncées comme complètes. Retour sur trois jours bien plaisants.

Malheureusement, du premier soir, on ne retiendra pas grand-chose. La pluie a refroidi quelques ardeurs, et la déception de ne pas trouver le stand des burgers, qui ont participé à la bonne réputation du festival doit y être pour quelque chose. Toutefois, la prestation de Fennesz et Mike Patton aurait pu combler cette déception. Aussi glaciale que la coiffure de Mike Patton était parfaite (merci la gomina), elle aurait gagné à être jouée dans un espace clos. Le plein air, et surtout la distance par rapport à la scène, n’ont pas permis à tout le monde d’apprécier l’intensité du concert. De l’intensité, les Young Gods en ont donnée. Devant un public conquis d’avance, les légendes du rock helvétique ont joué fort et fort longtemps. Show rodé à la perfection, on ne retiendra malheureusement que quelques morceaux. Un duo avec Mike Patton sur September Song, un titre à la cithare qui avait étrangement l’allure d’une guitare acoustique, un morceau au refrain plutôt loufoque (je cite « qu’est-ce que c’est que c’est quoi c’est ça »). Le reste du concert (soit sa très grande majorité) se ressemblant tellement qu’on ne pourra, si on n’a pas l’oreille avertie, en distinguer les morceaux. La formule de l’intro avec une voix qui a beaucoup de reverb avant d’envoyer le gros son, passe un temps avant de lasser. A la fin du concert, plus de doute possible, il fallait être Suisse ou ado en 1987 pour apprécier ce concert.

La deuxième soirée était placée sous le signe du rock burné. Et des burnes, on en a rapidement vu avec le concert d'Oxbow. Son impressionnant chanteur, bâti et concentré comme Mike Tyson, n'a pas mis longtemps avant de se débarrasser de sa chemise et de son pantalon pour faire la quasi intégralité du concert en slip et marcel. Sa carrure étant à l'image de la musique, musclée, les Américains ont été à la hauteur de leur réputation de groupe de scène ultra puissant, passant d'ambiances éclatées à des parties diaboliquement précises et enragées. Finissant le concert en beauté dans un joyeux déluge sonore, ils ont ouvert cette soirée de manière idéale. On passera rapidement sur les légendes du punk, Nomeansno, qui ont gardé la pêche après 25 ans de carrière, pour s'arrêter sur l'étouffant concert de Kruger. Que Daniel Fontana, le propriétaire des lieux, se rassure, sa bâtisse répond aux normes sismiques les plus exigeantes. Le quintet lausannois, qui jouait sur la petite scène, a fait office de test. Un son énorme, la basse faisant vibrer les vêtements, et une présence scénique aussi bien photogénique que captivante, aura raison d'une bonne partie du public. Bien que la prestation soit saisissante par son intensité, il est impossible de rester plus de trois morceaux à l'intérieur sans se sentir complètement claustrophobe. A peine le temps de souffler qu'Isis monte sur scène. Avec un look vestimentaire ordinaire contrastant avec la majorité de son public (en noir), les cinq Américains n'en sont pas moins impressionnants. Rythmiquement hyper précis, sauvagement efficaces, certains morceaux frisent la perfection tellement l'ampleur du son et la rage contenue impressionnent. Alors que les passages plus progressifs peinent à convaincre (difficile de passer de la rigueur carrée du hardcore à la plus grande liberté que demande le développement de passages plus aériens), Isis mettra tout le monde d'accord avec l'impeccable Celestial (the Tower) en rappel. Composé par un Mister Riff, ce morceau est une succession de plans à la guitare des plus jouissifs et lourds. Pour une fois, on regrettera qu'ils aient voulu jouer un deuxième morceau en rappel, laissant retomber l'électricité pour finir sur un morceau plus brouillon et moins intense.

Changement radical de physionomie le dernier soir, les tee-shirts noirs s'étant transformés en quelque chose de nettement plus hype. On commence par les New-Yorkais de Flying, visiblement surpris et un brin intimidés de se retrouver sur la grande scène. Leur pop joyeusement bordélique a du mal à se développer devant une foule plutôt clairsemée. Dommage, leur musique aurait sûrement gagné en efficacité dans un endroit plus confiné et intimiste. C'est d'autant plus regrettable que les parisiens de Lapin Machin, programmés sur la petite scène, montreront tout le bienfait d'être en intérieur. Tout comme Flying, on a l'impression que des dizaines de petits groupes font actuellement la même musique que Lapin Machin et pourtant, ils arriveront à convaincre de fort belle manière avec un humour décalé mais surtout avec des chansons terriblement accrocheuses. Tournant constamment entre guitares acoustiques, basse et percussions en carton, ils rappellent le meilleur des Moldy Peaches, notamment par le côté bordélique et l'alternance du chant masculin et féminin. La voix féminine, justement, c'est ce qu'on regrette d'entendre chez Cocorosie. Passons alors directement au clou de la soirée avec Blonde Redhead, d'autant plus que ce fut le meilleur concert du festival. En jouant la quasi intégralité de 23, son dernier disque (au grand dam de mon voisin qui a allègrement gueulé sa désapprobation à chaque début de morceau), ce n'était pas gagné. Mais abandonnant les ambiances feutrées pour y mettre de la tension et un son bien plus rock, le trio a fait taire une grande partie de ces détracteurs (même mon voisin a été moins véhément en fin de concert). Il faut dire que Simone Pace, qui officie à la batterie, est impressionnant d'efficacité avec une frappe précise et puissante et un son impeccable. En ne jouant que deux morceaux de Misery is a Butterfly (Falling Man et Equus) et de Melody of Certain Damaged Lemons (In Particular et un parfait Melody of Certain Three en rappel), Blonde Redhead avait pris le risque de donner à manger à la majorité de ces fans qui condamnent le virage pop des deux derniers disques, et au final ce sont bien ceux là qui ont été ravis de les voir en si bonne forme. On regrettera toutefois le manque de communication du groupe, et l'absence d'un deuxième rappel malgré la clameur du public.

Une fois de plus, le Kilbi aura tenu ses promesses. Dans son cadre champêtre et chaleureux ont cohabité projets pointus et grosses cylindrées, tout en laissant la place à de belles découvertes. Plus que jamais, nous remercions l'équipe du festival de prendre des risques dans la programmation et de se détacher de la morosité, en attendant déjà impatiemment la 18ème édition.

  • Un petit aperçu du festival en photos

Retour haut de page

Photo Article Kilbi v.17, Au pays de Heidi aussi on sait rocker.

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.