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20 ans, 20 disques "folk"

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le 10.05.2007 à 06:00 · par La Rédaction

Folk, terme générique à la définition protéiforme. Folk, qualificatif à manier avec précaution, tant celui-ci peut s'avérer chargé d'histoires, de messages, de traditions. Nous n'opterons pas pour la démarche encyclopédique. Celle-ci eût en effet contraint l'équipe de justifier son choix de manière systématique, rendant le tout quelque peu prévisible et rébarbatif. Nous retiendrons plutôt l'approche sensorielle, moins palpable, mais plus ouverte d'esprit, consistant à se concentrer sur le côté dépouillé, décharné et organique des sonorités. 20 ans. 20 disques folk. Que voici, classés par ordre alphabétique :

The Baptist Generals - Dog

Nul doute sur les origines du groupe mené par Chris Flemmons et Steve Hill, Dog sent la sueur et la poussière des plaines arides du Texas. Les Baptist Generals, sont devenus en moins de dix ans et deux albums un groupe à la renommée incontestée. Il suffit de prêter l'oreille à Pats the Rub, ou Wrath You, pour se rendre compte avec quelle assurance le groupe de Denton kidnappe son auditeur dans un rodéo hypnotisant, mené par la voix grinçante de Flemmons. Dog alterne avec puissance les ballades, les incantations, et les cauchemars avec une humeur toujours incapable de faire son choix, entre mélancolie et folie.

Johnny Cash - American III : Solitary Man

A l'âge du départ à la retraite, il n'est pas peu rare, en France, que des artistes à succès invitent les jeunes pousses de la chanson française à leur composer des morceaux, s'asseyant ainsi grassement sur la prétendue légitimité née de leur carrière dorée. Tel ne fut bienheureusement pas le cas de l'immense et regretté Johnny Cash, qui se lança le défi, à travers la série des American Recordings, de revisiter les plus beaux morceaux des dernières générations d'artistes. American III : Solitary Man en constitue indubitablement le volet le plus réussi, entre autres pour ses reprises de Bonnie 'Prince' Billy (I See a Darkness) et de Nick Cave & The Bad Seeds (The Mercy Seat). Une incroyable et majestueuse passerelle inter-générationnelle.

Cat Power - Moonpix

Difficile de faire l'impasse sur Cat Power lorsqu'il s'agit de parler de ce que le folk a de plus charnel. A la tête d'une carrière en dent de scie, Chan Marshall est un personnage toujours en équilibre entre la volupté et l'ennui. De plein gré ou non, la chanteuse est capable de passer de l'un à l'autre sans qu'on anticipe les cassures. Moon Pix fait définitivement partie des moments d'allégresse, dans lesquels les énergies positives de la compositrice-chanteuse s'unissent pour un album à la solitude envoûtante. Moon Pix n'est pas un enchaînement tonitruant de tubes, il faut l'écouter et le réécouter, accepter ces disparités, entrer dans son dénuement et accepter qu'une voix charnelle vous livre le temps d'un album ses sentiments les plus troubles.

Vic Chesnutt - West Of Rome

On peut reprocher bien des choses à Michael Stipe, mais sûrement pas d'avoir fait éclater à la face du monde entier l'incroyable talent de Vic Chesnutt ! West Of Rome est un album d'une maturité incroyable pour un second disque (au diable la légende qui le veut "toujours difficile"), à tel point que celui-ci fait encore figure de référence de nos jours, et ce malgré la très louable constance du barde d'Athens, Georgie. Marqué par la voix rauque et inimitable de Chesnutt, West Of Rome regorge de morceaux qui carburent à l'auto-dénigration de leur auteur. Comme quoi on peut avoir une piètre estime de soi et réaliser des chef d'oeuvres !

Edith Frost - It's A Game

Artiste plus que discrète, Edith Frost n'en livre pas moins un parcours sans faute disque après disque. Comme beaucoup, elle semble concentrer ses chansons sur le thème de l'espoir et de la douleur que peuvent créer une relation amoureuse. Aucune révolution de ce côté-là avec It's A Game, dernier disque en date. On aurait même pu le prendre comme un disque de plus dans sa discographie. Seulement, dès la parfaite ouverture, Emergency, les chansons d'It's A Game prennent par les tripes par leur douce beauté mélancolique. "It's a beautiful day for ice cream" clame-t-elle sur It's A Game ; son disque est lui idéal pour ces journées trop belles pour qu'on les passe à se morfondre, prouvant ainsi que jamais Edith Frost n'aura aussi mal porté son nom.

The Handsome Family - Through the Trees

Rennie et Brett Sparks, respectivement auteur et compositeur de la Handsome Family, ont le "chic" d'avoir toujours su garder un pied dans le kitsch (les exemples fourmillant, nous nous contenterons d'évoquer la voix maniérée et bourrée d'écho de Brett Sparks, ou le son ultra cheap s'échappant du synthétiseur bas de gamme souvent utilisé), et un autre dans le songwriting classique et classieux. Savant et détonnant mélange qui fait de Through The Trees un disque de musique country indispensable. Sachant que le reste de la discographie du couple Sparks est, à une exception près (Odessa, leur premier LP), presque autant recommandable.

Daniel Johnston - 1990

1990 est le premier album de Daniel Johnston à avoir été publié sur un autre label que le sien (Stress Records). C'est donc après une douzaine d'années de carrière, de cassettes au tirage limité qui se trouvent encore à l'heure actuelle, que sort 1990, chez Shimmy disc, le fameux label de New York tenu par Mark Kramer. Il ne faut pas s'attendre pour autant à un album plus soigné, 1990 contient tout ce qui a construit la réputation des tirages cassettes faits à la main des années 80, avec comme à l'accoutumée, une reprise destructrice des Beatles, en l'occurrence ici, Got To Get You Into My Life. Sans chercher s'il faut en rire ou en pleurer, mieux vaut plutôt reconnaître le talent évident de ce personnage improbable dont l'influence ne cesse d'être confirmée, pour le meilleur comme pour le pire, dans les milieux de plus en plus officiels.

The Mountain Goats - All Hail West Texas

Il aura suffi de peu à John Darnielle (aka The Mountain Goats à lui tout seul) pour nous livrer son plus formidable album, All Hail West Texas : une guitare acoustique, et la fameuse Panasonic RX-FT500, boombox qui restera pendant bien longtemps son unique matériel d'enregistrement. Virent ainsi le jour une quinzaine de véritables petits tubes lo-fi (il suffit de jeter l'oreille sur les incontournables Color in Your Cheeks, Jenny et Riches and Wonders) qui, si on leur avait ôté la verve érudite de John Darnielle et le ronron occasionné par la piètre qualité du matériel susvisé (en gros, tout ce qui fait leur originalité), se seraient à coup sûr retrouvés mitraillés sur les radios-college ouest-texanes.

Nina Nastasia - On Leaving

Quand on parle de disques folk marquants de ces 20 dernières années, on a tendance à aller chercher le disque ancien, la référence, de préférence rare. Parfois, il suffit juste de se retourner pour trouver l'essentiel. Sorti en 2006, On Leaving s'impose ici comme une évidence. Douze titres concis, sublimés par la production tout en finesse et chaleureuse de Steve Albini, et la présence éclairée de Jim White derrière les fûts. Jouant de sa voix tantôt feutrée, tantôt aérienne, Nina Nastasia occupe l'espace rendu disponible par une instrumentation minimaliste. Passant du nerveux Brad Haunts a Party à la complainte de Why Don't You Stay Home, sans oublier de rendre hommage à John Peel avec un Bird of Cuzco plus tragique que triste, l'Américaine touche le disque parfait et intemporel, d'une justesse et d'une simplicité désarmantes.

Joanna Newsom - The Milk-Eyed Mender

En 2004, année de sortie de The Milk-Eyed Mender, la jeune et jolie Joanna Newsom, à l'origine remarquée par Will Oldham, n'était pas encore entourée par son orchestre de cordes, qui tend aujourd'hui de manière assez regrettable à alourdir certains de ses titres. D'où une livrée de morceaux en très légère tenue, Joanna Newsom seule à la harpe les magnifiant de sa voix portante et enfantine. Les horizons nouveaux ouverts par l'utilisation atypique de la harpe, et l'insondable talent de l'Américaine pour l'écriture de mélodies ravageuses (il suffit d'écouter le trio de tête Bridges and Balloons / Sprout and the Bean / The Book of Right-On) font de The Milk-Eyed Mender un disque incontournable et bien à part.

Okkervil River - Don't Fall in Love with Everyone You See

S'il fallait décortiquer le jusqu'alors impeccable parcours des texans d'Okkervil River pour en extraire les titres les plus poignants et percutants, on retiendrait sans hésiter, parmi bien d'autres, les parfaits Kansas City, Happy Hearts (chanté par un Daniel Johnston venu visiter le groupe) et Okkervil River Song (qui prend toutefois toute son ampleur en live), tous trois présents sur Don't Fall in Love with Everyone You See. Ces morceaux révèlent en effet à eux seuls le talent immense de Will Sheff et sa bande pour l'écriture de morceaux folk sachant parfois prendre des allures plus pop, pour déboucher sur de nouvelles et jouissives perspectives.

The Palace Brothers - There is No-One What Will Take Care of You

Un beau matin, Will Oldham et sa bande de Louisville, Kentucky, baptisés pour cette fois-ci les Palace Brothers, s'en sont allés enregistrer, tout dans l'immédiateté, There is No-One What Will Take Care of You, leur premier LP. N'ayant pas pris le temps d'échauffer leur voix, ni d'accorder leurs modestes instruments en bois, pour ne surtout pas biaiser les émotions et messages qui s'en échapperaient, les frangins Palace allaient, sans le savoir, livrer au monde entier un sublime et inoubliable album de musique folk râpeuse et décharnée. There is No-One What Will Take Care of You, ou le splendide témoignage d'une Amérique profonde et délaissée. Royal.

Charlie Parr - King Earl

Nous le disions déjà ici-même il y a presque trois ans et notre avis n'a pas bougé d'un iota : King Earl est un classique avant même d'avoir laissé le temps et tout ceux qui l'ont écouté, l'écoutent et l'écouteront se charger de lui attribuer ce qualificatif hautement honorifique mais totalement évident ici. Mettant sa maîtrise absolue du Piedmont fingerstyle (dont on citera pour mémoire les fabuleux Mississipi John Hurt ou Blind Boy Fuller) au profit d'histoires profondément humaines de poivrots, voleurs et autres oiseaux malchanceux ou de mauvais augure, Charlie Parr ne lâche pas une seule seconde l'attention de l'auditeur qui trouve ici un disque de chevet pour le restant de ses jours. Au jeu du "s'il ne fallait en garder qu'un", King Earl n'a personne à craindre.

Richmond Fontaine - Post To Wire

Si Badly Drawn Boy a tenté de démontrer qu'il n'y a rien de honteux à vénérer Bruce Springsteen, Richmond Fontaine s'est employé avec Post To Wire qu'il n'y avait rien de honteux à piquer quelques recettes au Boss, surtout quand il s'agit de ses meilleures ! Si certains n'auront pas pu voir dans ce disque autre chose qu'une singerie du Wilco première période, c'est sûrement qu'ils seront passés à côté de la poignante série de Postcards disséminées par Willy Vlautin tout au long du disque, qu'ils auront renié le pourtant très entraînant Post To Wire, ou bien qu'ils n'auront pas su laisser la Willamette River les submerger.

Six Organs of Admittance - Compathia

Cinquième véritable album pour Ben Chasny (aka Six Organs of Admittance), Compathia est une somptueuse brêche pour s'immiscer dans l'univers du guitariste-chanteur Américain. Le simple Close To the Sky, titre ouvrant l'album, en dit long sur le talent envoûtant de ce musicien. Compathia est un album qui ne dissimule rien, un retour à la case départ de la musique folk. Avec une guitare, une voix et quelques percussions, Ben Chasny livre un album très accessible et pourtant déroutant de maîtrise et de nouveauté. Et si vous avez l'impression d'avoir déjà entendu quelque part Hum a Silent Prayer, l'avant-dernier titre du disque, alors vous faîtes certainement l'expérience du rêve primordial, tandis que votre corps, lui, est déjà bien loin depuis un moment.

The Skygreen Leopards - Disciples of California

De ce classement, Disciples of California est sûrement le disque le plus ensoleillé. Et pas le moins illuminé non plus. The Skygreen Leopards (ou la rencontre de deux drôles d'oiseaux, Glenn Donaldson et Donovan Quinn) semble être dédié depuis ses premiers pas à l'hédonisme et au bon temps (certaines substances illicites aidant). Mais au fur et à mesure, ces deux doux rêveurs ont su donner de l'ampleur à leur folk pastoral, notamment au niveau de la production. Disciples Of California est une véritable collection de pépites radieuses (magnifiques Disciples Of California et Sally Orchid) dont les guitares douze cordes carillonnantes (bonjour les Byrds !) n'auraient pas dépareillé au côté du There Is An End des Greenhornes sur la B.O. de Broken Flowers. Comme quoi le folk n'a pas besoin d'être dépressif pour se faire efficace et enchanteur.

Smog - The Doctor Came At Dawn

The Doctor Came At Dawn est incontestablement le disque qui verra un Bill Callahan dubitatif à la croisée des chemins : poursuivre dans le no-fi ou ouvrir la fenêtre en espérant que son salut vienne finalement de la musique ? De ce disque "cul entre deux chaises", on retiendra le début de mue d'un artiste unique et précieux, mais surtout sa farouche volonté de décrocher la palme d'or du morceau le plus déprimant du monde : beaucoup des titres sur ce disque mériteraient la récompense, avec une mention spéciale à Lize (sûrement un des textes les plus intelligents que Bill Callahan ait jamais écrit). Un disque capital dans l'évolution d'une discographie qui se conjugue avec le presque-parfait.

Songs : Ohia - Axxes & Ace

Bien avant de marcher dans les pas de Neil Young, Jason Molina sortait déjà des disques marqués par une sensibilité à fleur de peau, mais sans les grosses guitares donc. Si The Lioness reste bien sûr la pierre angulaire de cette époque pour bon nombre de ses fans, notre choix est allé vers cet Axxes & Ace, moins "réputé" mais tout aussi poignant, voire plus. Exemple : vous vous souvenez peut-être du film Blues Brothers où James Belushi et Dan Akroyd (ainsi que le groupe de pointures de la soul) se retrouvent à donner un concert dans un bar de rednecks et doivent faire face à l'hostilité de ceux-ci. La solution de secours : asséner un Stand By Your Man prompt à mettre le feu chez les bouseux. Le rapport avec ce disque me demanderez-vous ? Tout simplement, l'incroyable Come Back To Your Man, où Molina nous rappelle qu'il faut bien plus qu'une chanson pour faire survivre un couple, et que l'énergie du désespoir est sans aucun doute la plus belle et la plus noble.

Sparklehorse - Vivadixiesubmarinetransmissionplot

La question du classement, dans un top folk, du difficilement écrivable Vivadixiesubmarinetransmissionplot, premier et incontestable meilleur opus de Sparklehorse, peut légitimement et amplement faire débat. Notre équipe n'y échappa d'ailleurs pas. Sa nature hybride très prononcée (une cohabitation harmonieuse de folk et de rock), qui le rend presque inclassable, commande fortement cela. Pourtant, le choix du disque s'est au final assez naturellement imposé. Pas l'ombre d'un doute en effet : les sublimes, et par la suite inégalés Homecoming Queen, Cow, Most Beautiful Widow in Town, ou Gazoline Horses méritent très justement leur place au panthéon des plus beaux morceaux folk, même si - et cela a toujours poursuivi Mark Linkous - il y a de l'électricité dans l'air...

Neil Young - Harvest Moon

Neil Young a toujours aimé se tourner vers le futur et ne pas trop ruminer sur la musique qu'il a laissée derrière lui. C'est pourquoi il a décidé de fêter les vingt ans de son mythique Harvest... par une suite, Harvest Moon. Totalement dénué d'électricité, Harvest Moon ne contient pas de successeur à Heart Of Gold, et c'est sans doute tant mieux. Après tout, Harvest Moon et Unknown Legend ne comptent-ils pas parmi les plus belles réussites acoustiques du Loner ? On notera aussi la présence du surprenant Natural Beauty, réponse acoustique à Cortez The Killer, dans une version live. Un Neil Young apaisé donc, toujours aussi fringuant même sans sa monture folle.

Classement conçu et réalisé par Benjamin A., Emmanuel B., Eric F., Gaëtan S., Jean-Yves B. et Thibaut G.

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